Des migrants à Tripoli, le 5 janvier 2022. Crédit : Refugees in Libya
Des migrants à Tripoli, le 5 janvier 2022. Crédit : Refugees in Libya

"De nombreux migrants" ont été arrêtés et placés en détention, suite à des rafles menées à Tripoli, ont annoncé lundi les autorités de l'ouest de la Libye, vantant une lutte contre la criminalité. Selon un militant des droits humains libyen, toutefois, ces rafles seraient une "campagne de propagande" pour masquer des homicides de migrants.

Les autorités de l’ouest de la Libye ont affirmé avoir raflé des dizaines de migrants, tôt dans la matinée, lundi 15 août, à Tripoli. Des raids dans les habitations occupées par des migrants ont été menés dans les environs d’un quartier de la capitale nommé “Airport Road”. “De nombreux” migrants ont été arrêtés et sont désormais détenus, a affirmé la police dans un communiqué, sans donner plus de précisions sur le nombre exact de personnes concernées et sur le lieu de détention. 

La police a néanmoins divulgué des photos montrant plusieurs dizaines de migrants assis au sol et entourés d’officiers armés en uniforme dans un espace ouvert. 

Ces rafles ont été organisées, selon la police, en représailles à une augmentation des crimes commis dans ce quartier de la ville. Et de citer des cas de prostitution, de vols, de trafic de drogues. Toujours d'après les forces de l’ordre, cette augmentation de la criminalité est le fait des migrants. Aucune preuve concrète de leur culpabilité n’est toutefois apportée par les autorités. 

>> À (re)lire : En Libye, une nouvelle milice sème la peur parmi les migrants  

Des mesures judiciaires ont été prises contre ces migrants, affirment encore les forces de police, sans plus de détails.  

Des raids pour “couvrir” des homicides de migrants 

Loin de la communication officielle, sur le terrain, certains pointent une stratégie des autorités pour camoufler un incident survenu au cours du week-end. D’après Tarik Lamloum, un militant libyen de l’organisation de défense des droits de l’Homme Belaady, cité par l’agence Associated Press, deux migrants ont été tués à Tripoli, dans la zone visée par les rafles de lundi, après avoir été percutés par un véhicule. Ces hommes travaillaient comme ramasseurs d’ordures pour une entreprise gérée par les autorités. 

>> À (re)lire : Libye : à Zouara, la chasse aux migrants se poursuit 

Dimanche, des funérailles qui ont rassemblé des dizaines de migrants ont été organisées en leur honneur, selon le militant. D’après ce dernier, les raids de lundi n’avaient d’autre but que de détourner l’attention de ces meurtres : il assure qu’un homme libyen aurait percuté les deux migrants à bord de son véhicule avant de s’enfuir. 

“Il s’agit d'une campagne de propagande”, a affirmé Tarik Lamloum. “La plupart des migrants dans cette zone sont des travailleurs dans des ateliers, dans des fermes, ce ne sont pas des criminels comme ils disent.”  

Les migrants sont régulièrement pris pour cibles en Libye, pays en proie au chaos depuis 2011. Plusieurs centres de détention - officiels et officieux - existent à Tripoli, et dans tout le pays. Nombre de migrants y croupissent dans des conditions déplorables, selon les militants des droits de l’Homme, et sont les victimes d’abus fréquents. 

>> À (re)lire : Amara, Ivoirien en Libye : “J’étais enfermé et on nous jetait de la nourriture depuis le toit”

En 2021, les forces de sécurité ont affirmé avoir détenu plus de 5 000 migrants, dont de nombreuses femmes et enfants, dans une partie de Tripoli. Les autorités avaient alors justifié ces arrestations par une campagne de sécurité contre l’immigration illégale et le trafic de drogues. 

Les Nations unies s’étaient à l’époque insurgées contre ces mesures répressives envers la population migrante, qui comprenaient du harcèlement jusque dans leur domicile, des violences physiques et des tirs d’armes à feu. 

 

Et aussi