Des migrants au bout de la digue de Melilla, arrêtés par les forces de l'ordre, en juin 2021. Image d'illustration. Crédit : Guardia Civil/Twitter
Des migrants au bout de la digue de Melilla, arrêtés par les forces de l'ordre, en juin 2021. Image d'illustration. Crédit : Guardia Civil/Twitter

L’association AMDH Nador a indiqué, dimanche, que les corps de deux migrants avaient été retrouvés durant le week-end, en bord de mer, près du port commercial de Melilla. De très nombreux Marocains et jeunes d’Afrique subsaharienne cherchent à gagner l’enclave espagnole depuis le Maroc.

Nouveau drame migratoire aux portes de l’Union européenne (UE). Les corps de deux jeunes migrants ont été retrouvés, vendredi soir et samedi matin, aux abords de l’enclave espagnole de Melilla, "près du port commercial", a indiqué, dimanche 21 août, l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) de Nador.

"Le premier corps a été retrouvé sur les pierres du quai commercial du port de Melilla. Et le deuxième corps dans une vallée derrière la caserne militaire près de la frontière", a indiqué Omar Naji, membre de la section locale de l'AMDH, à InfoMigrants.

De nombreux exilés tentent de rejoindre à la nage Melilla depuis la ville voisine de Béni Ansar. Seule une centaine de mètres séparent l'enclave espagnole du port de cette petite ville marocaine : une digue s’enfonçant dans la mer sur plusieurs dizaines de mètres départage les deux zones.

Si les tentatives de franchissement des grillages barbelés autour de Melilla sont fréquentes, on parle moins de ces migrants qui tentent de rallier Melilla à la nage, depuis le Maroc. "Le processus est généralement le même : ils essaient d'entrer dans le port [marocain] de Beni Ansar tôt le matin, à l’aube, pour ne pas être vus", avait expliqué en 2021 Ali Zoubeidi, professeur à l’Université Hassan 1er et spécialiste de l’immigration. "Les candidats à la nage achètent des combinaisons et des palmes dans les marchés alentours. Ils espèrent avoir moins froid et aller plus vite." Mais les courants sont trompeurs et la traversée très risquée.

Pour Omar Naji, ces décès sont "l'un des résultats des politiques d'exclusion et d'appauvrissement, et de l'échec des politiques du système éducatif au Maroc, qui poussent les mineurs et les jeunes à prendre des routes dangereuses." Selon ce membre associatif, des "centaines de mineurs et de jeunes hommes" attendent dans les rues de Beni Ansar et de Nador de prendre la mer. "Avec ce beau temps il y a des tentatives de traversée tous les jours", assure-t-il.

Condamnation à de la prison ferme

La frontière entre le Maroc et Melilla a été le lieu d'un drame, fin juin, lorsqu’une vingtaine de migrants sont morts en tentant de pénétrer dans l’enclave. Un bilan - de loin - le plus meurtrier jamais enregistré lors des nombreuses tentatives d'exilés subsahariens de pénétrer à Melilla et dans l'autre territoire espagnol de Ceuta, seules frontières de l'UE avec le continent africain. Cent-quarante policiers ont par ailleurs été blessés.

Près de 2 000 migrants originaires d'Afrique subsaharienne avaient tenté de pénétrer par la force dans cette cité autonome espagnole. Selon la presse espagnole, les exilés étaient équipés de pierres et de marteaux. Les policiers ont répondu à cet assaut par la force, utilisant du matériel anti-émeute et des gaz lacrymogènes en direction du groupe.

Treize de ces exilés ont été condamnés, le 17 août, par la justice marocaine à deux ans et demi de prison ferme, selon leur avocat Me Khalid Ameza, qui n’était pas été en mesure de préciser la nature des charges retenues contre ses clients.

"Des peines très sévères contre les demandeurs d'asile qui ne sont venus au Maroc que pour échapper à la guerre et aux persécutions", avait réagi l'AMDH à l’annonce de la condamnation. Les accusés et leur avocat ont décidé de faire appel. 

 

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