Le nombre de migrants tentant la traversée de la Manche depuis la France ne cesse de grandir. Ici, près de Dover, au Royaume-Uni, le 4 août 2021. Crédit : Reuters
Le nombre de migrants tentant la traversée de la Manche depuis la France ne cesse de grandir. Ici, près de Dover, au Royaume-Uni, le 4 août 2021. Crédit : Reuters

Plus de 250 exilés ont été secourus dans la Manche en seulement quatre jours. Ce chiffre, communiqué la semaine dernière par la préfecture maritime de la Manche, illustre bien un phénomène qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Les migrants sont de plus en plus nombreux à tenter la périlleuse traversée, quitte à prendre la mer plus au sud, donc plus loin des côtes britanniques.

Avec notre envoyée spéciale au Tréport et à Berck, Marie Casadebaig.

Les départs d'embarcations de fortune ont commencé en 2018, quand l'accès au port français de Calais et au tunnel sous la Manche a été verrouillé par les forces de l'ordre. Depuis, les migrants prennent de plus en plus de risques, et partent de plus en plus loin sur la côte, quitte à rallonger leur temps de trajet. À Berck-sur-Mer, on n'aperçoit déjà plus les côtes anglaises. Elles sont à 60 km, au lieu de 30 dans la zone de Calais, bien plus au Nord.

Pourtant, les départs d'embarcations sont devenus quasi quotidiens. Un phénomène que Jean-Marc Lamblin, patron de la SNSM, la société nationale de sauvetage en mer, à Berck, constate depuis plus d'un an : "Ils n'ont pas forcément besoin de faire les 60 km. Leur but désormais, c'est surtout de rallier les eaux anglaises et là, la Border Force anglaise va les récupérer par sécurité pour les ramener sur le territoire anglais."

Et c'est leur téléphone portable en changeant de réseau qui leur indique où ils se trouvent. Les bateaux pneumatiques utilisés sont de plus en plus longs. Ils peuvent compter jusqu'à 60 passagers. 

Pour tenter d'empêcher ces traversées, des patrouilles sont organisées 24h sur 24. Mais impossible d'être partout, tellement la zone de départ s'est étendue. Le groupement de gendarmerie, du chef d'escadron Stéphie Hersand, supervise 20 km de littoral. "Les moyens sont vraiment importants sur le secteur de la compagnie. Maintenant, les passeurs en face sont également réactifs et s'adaptent en permanence. Donc le but, c'est de toujours rester au plus près de ce phénomène et de s'adapter en permanence." Le terrain fait de dunes et de fourrés piquants, ne facilite ni la progression des migrants, ni celle des gendarmes. Mais il permet de dissimuler individus et matériel.

Des sauvetages de migrants dans le nord de la Normandie

Encore plus au sud, sur la côte française, les sauveteurs locaux du Tréport, en Seine-Maritime, ont été confrontés à leur premier sauvetage de migrants en mer. Éric Chevallier nous montre le compte rendu de cette intervention qu'il ne risque pas d'oublier. Vers 6h du matin, le 23 juillet, il est appelé par le centre de surveillance et de sauvetage de l'État. Une embarcation surchargée est en panne à 15 milles marins (approximativement 28 km).

À l'approche, le sauveteur comprend très vite de quoi il s'agit : "On voit des photos de nos collègues qui sont un peu plus au nord, et donc on a déjà vu des sauvetages de migrants. On appelle ça des sauvetages de masse." Près de 50 personnes étaient présentes à bord d'un zodiac.

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L'équipe d'Éric Chevallier, qui n'a reçu qu'une formation théorique à ce genre d'intervention, est bien obligée de s'adapter, pour récupérer les naufragés. "Notre bateau est prévu pour embarquer 25 personnes. Mais là, on ne pouvait pas dire : 'On n'en embarque que 25', ce n'est pas possible. Donc, on a pris tout le monde. Le seul mot anglais que j'utilisais, c'était 'sit down'. Dès qu'il y avait un mouvement, le bateau prenait de la gîte [s'incliner sur le côté, ndlr] et ça, ce n'est pas bon."

Cinq heures plus tard, l'opération est terminée, mais Éric et ses coéquipiers restent marqués par cette expérience. "Ça fait mal au cœur. C'est vraiment aller au clash d'embarquer 50 personnes sur un boudin de 8m avec un moteur de 40 cv. On sent que c'est le désespoir. Et en plus, ils ont dû se dire que c'était raté et qu'il fallait recommencer. Et puis certainement qu'ils ont laissé de l'argent aux passeurs."

Les départs se faisant de plus en plus au sud des côtes, la station du Tréport sera formée aux naufrages de masse au mois d'octobre.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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