Des migrants arrivent à Douvres, au Royaume-Uni, après avoir été secourus dans la Manche, le 24 août. Crédit : Reuters
Des migrants arrivent à Douvres, au Royaume-Uni, après avoir été secourus dans la Manche, le 24 août. Crédit : Reuters

Ces derniers mois, les autorités britanniques ont sous-traité la surveillance et l'interception des bateaux de migrants dans la Manche à deux sociétés privées, payées au total 2,5 millions de livres. Malgré des mesures dissuasives, les arrivées de migrants au Royaume-Uni sont toujours plus nombreuses.

2,5 millions de livres (2,9 millions d’euros). C’est la somme que le Home Office britannique (équivalent du ministère de l’Intérieur) a déboursée ces derniers mois pour se procurer les services de deux sociétés privées dans le cadre de sa lutte contre l’immigration illégale. 

Les deux entreprises en question, Aeolian Offshore et CWind, ont procuré des bateaux et des membres d’équipage pour aider les forces britanniques lors des interventions en mer auprès de bateaux de migrants, selon les termes des contrats qui ont été publiés sur un portail du gouvernement.

Aeolian Offshore, le principal bénéficiaire de cette enveloppe d’argent public, a mis trois bateaux à disposition. Ces trois bateaux sont censés effectuer – depuis juin et jusqu‘en janvier 2023 - des shifts de 12 heures au départ de la ville de Ramsgate, dans le Kent, comté du Royaume-Uni où débarquent les migrants qui traversent la Manche. Leur mission est de “repérer des bateaux de migrants et de récupérer les migrants trouvés”, toujours selon ces contrats.

>> À (re)lire : Royaume-Uni : la détresse psychologique des demandeurs d'asile menacés d’expulsion vers le Rwanda

Ces embarcations – des catamarans de 24 mètres de long - doivent, dans le cadre de ces opérations, permettre de transporter “un minimum de 100 migrants”, en plus des membres d’équipage et des Border Force. D’ordinaire, ce genre de bateaux ne prévoit pourtant qu'une quinzaine de places. 

Les détails du contrat passé avec CWind, eux, n’ont pas été divulgués. La société doit toucher la somme de 564 000 livres (environ 650 000 euros) pour cinq mois. 

Impuissance des mesures de dissuasion 

Les détails de ces accords surgissent au milieu d’une série de polémiques autour de la gestion par le Home Office des arrivées de migrants via la Manche.

En avril dernier, le Premier ministre Boris Johnson avait annoncé s’être fixé pour objectif "qu’aucun bateau n’arrive au Royaume-Uni sans avoir été détecté" et avait confié cette mission à la Royal Navy, en remplacement des garde-côtes. 

>> À (re)lire : "C'est impossible de penser au futur" : en Angleterre, l'"hostilité" d'un système d'accueil ultra verrouillé

Ce même mois, l’accord très controversé entre Londres et Kigali avait été présenté. Selon ce plan, le gouvernement britannique entend externaliser les demandes d’asile dans ce petit pays d’Afrique des Grands Lacs. Le premier vol, prévu le 14 juin, avait finalement été annulé quelques minutes avant le décollage à la suite de recours en justice et d'une décision de la Cour européenne des droits de l'Homme.

S’il n’est pas encore concrètement entré en application, cet accord est toujours dans les tuyaux du gouvernement. Selon des informations divulguées en mai, les demandeurs d’asile sélectionnés pour être transférés à Kigali sont placés en centre de détention

>> À (re)lire : Londres va équiper les migrants de bracelets électroniques

Malgré ces annonces, les arrivées de migrants sur les côtes anglaises n'ont jamais été aussi nombreuses ces dernières années, preuve de l’impuissance des mesures de dissuasion.

Fin août, en une journée, 1 295 migrants ont débarqué sur les plages du Royaume-Uni après avoir traversé la Manche à bord de bateaux de fortune. Selon un récent rapport parlementaire, 60 000 personnes au total pourraient atteindre le pays cette année. 

 

Et aussi