Maurice, en 3ème position en partant de la gauche, avec une partie de son équipe. Crédit : Leslie Carretero
Maurice, en 3ème position en partant de la gauche, avec une partie de son équipe. Crédit : Leslie Carretero

À Malmö, dans le sud de la Suède, les restaurants de falafels se sont multipliés ces dernières années avec l’arrivée de milliers de réfugiés syriens. Parmi eux, celui de Maurice Salloum, ouvert en janvier 2017.

Ce vendredi après-midi, le restaurant "Shamiat" ("Damascène", en arabe) affiche complet. Bercé par de la musique orientale, décoré avec des tableaux qui rappellent la Syrie, le lieu accueille des clients originaires de Syrie mais aussi des Suédois. "Il y a autant de réfugiés venus du Moyen-Orient que de Suédois qui viennent manger chez nous. C’est 50/50", s’enorgueillit le gérant Maurice Salloum. Ce Syrien de 34 ans, dont une légère barbe entoure le visage, a ouvert le fast-food en début d’année, déçu par les autres restaurants du même type qui pullulent en ville. "Il en existe plus de 200 à Malmö mais aucun d’entre eux ne sert de la véritable cuisine syrienne", estime-t-il, tout en buvant son café d’une main, et en répondant aux multiples appels téléphoniques de ses clients de l’autre.

"Je ne connaissais rien de la Suède à part Zlatan Ibrahimovic"

Il y a quelques années, Maurice n’aurait jamais imaginé ouvrir un restaurant en Suède, sa vie en Syrie étant confortable. Mais la guerre a changé ses plans. En 2012, alors qu’il est responsable d’un hôtel à Damas, il fuit le pays pour échapper à l’enrôlement forcé dans les rangs du président Bachar al-Assad. C’est le début d’un long périple : avec un de ces frères, il prend un avion vers Istanbul, en Turquie, et traverse la frontière grecque à pied. Puis, les deux hommes s’envolent vers Paris et Copenhague. Ils prennent ensuite place dans le train qui relie la capitale danoise à la ville de Malmö. "Je suis venu en Suède car ma sœur et ma mère y vivent depuis des années. Mais en arrivant, je ne connaissais rien de ce pays à part le drapeau et Zlatan Ibrahimovic (le célèbre footballeur international suédois, ndlr)", sourit-il.

Le restaurant de Maurice connait un énorme succès. Crédit : Leslie Carretero

Ses premiers jours dans ce pays du nord de l’Europe ont été un choc. Quand Maurice évoque cette période de sa vie, son regard change et devient plus sombre. "Pour moi, l’arrivée a été plus difficile que le voyage, dit-il. Il a fallu que je me familiarise avec la langue, la culture et surtout avec les températures et la grisaille. J’ai eu besoin de temps pour comprendre que je démarrais une nouvelle vie ici".

Maurice prend des cours de suédois et cherche activement du travail. Rester à ne rien faire ne fait pas partie de ses habitudes. À la fin de l’année 2012, il obtient son statut de réfugié mais ce n’est qu’en 2014 qu’il trouve un premier emploi, dans un McDonald’s de Malmö. Pendant neuf mois, le Syrien pratique la langue avant de gagner enfin de l’argent par lui-même. "Ce job a changé ma vie, il m’a permis de m’intégrer plus facilement".

Un des meilleurs restaurants syriens de Malmö

Un jour, alors qu’il cuisine comme souvent pour une partie de sa famille, sa mère et sa sœur lui donnent une idée : pourquoi n’ouvrirait-il pas son propre restaurant ? D’autant que le jeune homme, en Suède depuis plus d’un an, a du mal à trouver des restaurants syriens comme il les connaissait dans son pays natal. Selon lui, "la plupart des fast-foods de la ville ont été créés à la fin du 20ème siècle et sont aujourd’hui gérés par les enfants des immigrés. Ces derniers n’ont jamais vécu au Moyen-Orient ou n’y sont peut-être même jamais allés", juge Maurice d’un ton moqueur.

Avec l’aide financière d’un ami syrien installé lui aussi en Suède, il ouvre son premier restaurant début 2015 mais quelques mois plus tard, son commerce est détruit par les flammes. Le jeune homme ne sait pas comment le feu s’est déclenché mais l’enquête conclut à un incendie volontaire. Le coupable ne sera jamais retrouvé.

Dans ce restaurant, Maurice tient à servir de véritables spécialités syriennes. Crédit : Leslie Carretero

Pendant des mois, Maurice tourne en rond. Puis aidé par sa famille qui lui prête un peu d’argent, il retente finalement sa chance dans la restauration. "Shamiat" ouvre à Malmö en janvier 2017. Son fast-food, bien qu’encore jeune est aujourd’hui considéré comme un des meilleurs restaurants syriens de la ville. "C’est parce que la cuisine est de bonne qualité et qu’elle rappelle vraiment la Syrie", dit-il fièrement. Maurice emploie 18 personnes, toutes d’origine syrienne. "Elles connaissent la manière de cuisiner au pays", explique le gérant des lieux. Son affaire marche tellement bien qu’il cherche un deuxième emplacement pour ouvrir un second restaurant.

Cela fait maintenant quatre ans que Maurice est installé en Suède. Quatre années bénies, selon lui. Maurice, qui parle aujourd’hui parfaitement suédois se dit heureux et si chanceux d’avoir pu reconstruire sa vie loin du fracas de la guerre. Mais il ne perd pas espoir de pouvoir un jour rentrer en Syrie et peut-être, dit-il, "ouvrir un restaurant suédois".

 

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