Des migrants à la gare du Nord de Bruxelles, en août 2018. Crédit : MSF
Des migrants à la gare du Nord de Bruxelles, en août 2018. Crédit : MSF

Pour tenter de résoudre la crise de l’accueil en Belgique, le gouvernement mise sur les dublinés, ces personnes dont la demande d’asile dépend du premier pays d’arrivée en Europe. Pour cela, les autorités ont ouvert un nouveau centre spécifique fin août permettant de désengorger les structures d’accueil classiques, et de renvoyer plus rapidement les demandeurs d’asile sous procédure Dublin dans l’État responsable de leur dossier.

En Belgique, les dublinés deviendraient-ils les boucs émissaires de la crise de l’accueil ? Ces derniers mois, les autorités ne cessent de pointer du doigt ces demandeurs d’asile dont le dossier dépend du premier pays d’arrivée en Europe - le plus souvent l’Italie, la Grèce ou l’Espagne.

Dernière mesure en date : l’ouverture, le 25 août dernier, d’un nouveau centre spécifique dit "Dublin" à Zaventem, à une dizaine de kilomètres de Bruxelles. Une première dans le pays. "C’est sur la route de l’aéroport et près d’un centre fermé. On ne peut pas faire plus symbolique", peste Sotieta Ngo, directrice du Ciré, une association d’aide aux migrants.

D’une capacité de 220 places, ce nouveau site a pour vocation de renvoyer plus rapidement les exilés déjà enregistrés dans un autre État. Les migrants qui se présentent à l’Office des étrangers pour introduire une demande d’asile se voient désormais notifier d’un hébergement dans le centre de Zaventem. Une manière de libérer des places dans le réseau d’accueil, saturé, et de trier les migrants en recherche de protection.

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"Plus de la moitié des demandeurs d’asile qui se présentent en Belgique sont déjà passés par un autre pays membre de l’Union européenne. L’année dernière, ils étaient 11 000. Entre janvier et juillet de cette année, ils sont déjà près de 8 000", précise à la presse belge le cabinet de la nouvelle secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Nicole de Moor.

Seul 3% des transferts Dublin exécutés

Cette dernière ne souhaite laisser que deux options aux dublinés : le retour forcé ou le retour volontaire. Mais comme la plupart des autorités des autres pays européens, la secrétaire d’État devra se heurter à une difficulté de taille : la bonne coopération avec les États concernés.

La Belgique peine en effet à expulser ses dublinés vers les pays responsables. Déjà débordés par les arrivées de migrants, ces derniers acceptent rarement le retour sur son sol. Ainsi, en Belgique seul 3% des transferts Dublin sont exécutés. Résultat : la majorité restent dans les POR (places ouvertes de retour) ou dans les structures classiques, provoquant un engorgement.

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Les autorités avaient déjà tenté d’écarter les dublinés des centres d’hébergement en ne leur fournissant plus automatiquement un toit au moment du dépôt de leur demande d’asile. Mais cette stratégie a provoqué un tollé : depuis un an, chaque soir, des migrants recalés dorment dans la rue au milieu des rats et des déchets.

Le nouveau centre pour dublinés, présenté par le gouvernement comme une solution à la saturation du système d’accueil et aux campements, inquiète les associations. Mehdi Kassou, de la Plateforme citoyenne d’aide aux réfugiés, anticipe les conséquences de l'ouverture du centre de Zaventem : "Les gens vont prendre peur et refuseront de se présenter à la structure. Ils préfèreront passer 18 mois [durée durant laquelle un dubliné peut être renvoyé dans le premier pays d'arrivée en Europe, ndlr] dehors plutôt que de risquer d’être expulsés", pense-t-il.

Une charge supplémentaire pour les humanitaires, déjà en première ligne dans l’hébergement de ces migrants. Dans les permanences de la Plateforme citoyenne d’aide aux réfugiés, le taux de dublinés ou de personnes ayant obtenu la protection dans un autre État est passé de 11% à 65% ces derniers mois.

 

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