Un camp à Grande-Synthe, près de Loon-Plage (image d'archives). Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Un camp à Grande-Synthe, près de Loon-Plage (image d'archives). Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Deux nouvelles personnes ont été blessées sur le camp de Loon-Plage, dans le nord de la France, suite à des fusillades survenues mercredi et mardi. Ces violences sont attribuées à des règlements de comptes entre passeurs dans un territoire où les passages de migrants sont de plus en plus fréquents.

Que se passe-t-il dans le camp de migrants situé sous le pont du Puythouck, à Loon-Plage, près de Dunkerque ? Mercredi 7 septembre, une nouvelle fusillade y a éclaté, faisant un blessé grave. L’homme, un jeune Irakien selon France Bleu, a reçu une balle dans la tête et a été transporté en urgence à l’hôpital de Lille.

La veille, une autre fusillade avait déjà fait deux blessés, dont un Érythréen de 32 ans, toujours selon France Bleu. Ce dernier a lui aussi été transporté à l’hôpital.

Selon les forces de l'ordre, ces violences pourraient être le fait d’un acte d'intimidation de la part de passeurs kurdes. "Exécution", "chasse à l'homme", certains médias n'ont pas hésité à comparer la situation sur place à des scènes de western, décrivant des groupes d'hommes voulant en découdre avec d'autres.

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"Il y a des règlements de comptes entre passeurs qui sont sur le camp", explique Claire Millot, secrétaire générale de l’association Salam, qui était présente sur les lieux ce jeudi. "Il y a des querelles de pouvoir, de territoire… Mais, pour nous, ce ne sont pas des règlements de comptes entre migrants lambda car il n’y a pas d’hostilité entre les communautés. On le voit bien sur le terrain : tout le monde se mélange. Les conflits, c’est entre les passeurs."

"Les migrants n’ont pas besoin de ça"

Ces passeurs seraient des migrants qui cherchent eux aussi à rejoindre les côtes anglaises, mais qui n’ont plus d’argent et travaillent donc gratuitement pour "les chefs" des réseaux, qui sont eux généralement postés loin de là, souligne Claire Millot.

Le 30 août, neuf migrants avaient déjà été blessés dans une fusillade dans ce même campement, dans des circonstances floues. Selon le journal local La Voix du Nord, ces affrontements avaient été initiés par des passeurs kurdes envers la communauté soudanaise.

"C’est très inquiétant car un migrant, ce qu’il veut, c’est la paix, poursuit Claire Millot. Il est parti de chez lui car c’était la guerre ou la misère et il arrive ici et il y a des violences. Ils n’ont pas besoin de ça."

Sur ce camp, où vivent dans des conditions précaires environ 500 exilés selon les associations, le sujet semble en tout cas tabou et le silence est de rigueur. "Les gens n’en parlent pas, continue Claire Millot. Ils savent que, s'ils parlent, ils peuvent avoir des problèmes avec les passeurs."

Recrudescence des traversées

Régulièrement démantelé, le camp de Loon-Plage se reforme aussitôt, comme plusieurs autres campements du nord de la France. La dernière expulsion en date, ce jeudi matin, menée avec d'importants moyens policiers, n'aurait pas changé la donne. "Il y a toujours autant de personnes sur le campement cet après-midi", estime encore la militante. Selon cette dernière, cela s'explique par le peu de personnes emmenées volontairement par les forces de l'ordre, mais aussi par les arrivées fréquentes dans la zone. "Ça tourne beaucoup ici."

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La fréquence des arrivées et des départs sur le camp correspondrait à l’allure des traversées dans la Manche pour se rendre au Royaume-Uni, enregistrées avec une cadence inédite. Selon le ministère français de l'Intérieur, pour la période entre le 1er janvier et le 13 juin 2022, une hausse de plus de 68% a été observée par rapport à 2021.

Régulièrement, des records sont enregistrés. Les 3 et 4 septembre, plus de 2 000 migrants ont traversé cette mer en l'espace d'un week-end. Ces derniers chiffres portent à plus de 27 000 le nombre total de traversées depuis le début de l'année. De quoi attiser les convoitises des passeurs pour le contrôle de cette zone, estiment certains.

 

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