Un camp de migrants au Danemark (photo d'archives). Crédit : EPA
Un camp de migrants au Danemark (photo d'archives). Crédit : EPA

À l'instar du Royaume-Uni, le Danemark s’apprête à conclure un accord avec le Rwanda sur la prise en charge des demandeurs d’asile présents sur son territoire. Le projet suscite les critiques de l'Union européenne.

Le Danemark et le Rwanda ont posé les premières pierres d’un futur accord sur le transfert de demandeurs d’asile. Les deux pays ont signé une déclaration de coopération bilatérale dans laquelle ils disent "envisager l'établissement d'un programme par lequel les demandeurs d'asile arrivant au Danemark pourraient être transférés au Rwanda pour l'étude de leur dossier d'asile", a indiqué le ministère danois des Affaires étrangères dans un communiqué vendredi 9 septembre. 

Ce plan inclut également "l'option d'une installation au Rwanda", selon Copenhague. Après le Royaume-Uni, le pays nordique entend ainsi, à son tour, délocaliser le processus de demande d’asile de ceux qui ont rejoint illégalement son territoire. 

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Le ministre danois de l'Intégration, Kaare Dybvad Bek, s'est dit "très heureux" de cette nouvelle avancée. Le Danemark avait déjà adopté en juin 2021 une loi autorisant la délocalisation de demandeurs d'asile hors du continent. Selon le projet danois, les candidats à l'asile devraient toujours soumettre personnellement une demande à leur arrivée au contrôle aux frontières danois, avant d'être envoyés par avion dans un autre pays. 

Des questions quant à “l'accès effectif à la protection" au Rwanda 

Le gouvernement social-démocrate au pouvoir à Copenhague avait alors affirmé être en discussions avec plusieurs pays. Les médias danois avaient également évoqué l'Egypte, l'Erythrée, l'Ethiopie mais c'est avec le Rwanda que le projet est le plus avancé. 

La Commission européenne avait immédiatement pris ses distances, jugeant que le procédé "soulève des questions fondamentales concernant à la fois l'accès aux procédures d'asile et l'accès effectif à la protection" pour les réfugiés. 

De vives inquiétudes avaient déjà été émises ces derniers mois concernant le projet, conclu en avril par le Royaume-Uni, similaire de délocalisation des demandeurs d'asile vers Kigali. Même si aucune expulsion n'a encore eu lieu et que l'accord fait l'objet de recours judiciaires de la part d'associations. 

Outre des questions de légalité et de faisabilité, celui-ci est décrié en raison de son impact sur la santé mentale des migrants concernés. Dans un rapport publié la semaine dernière par l’organisation britannique Medical Justice, cette dernière a estimé que "le risque de suicide et d'automutilation a considérablement augmenté après qu’on leur a notifié qu’ils risquaient d’être envoyés vers le Rwanda"

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Le Danemark est connu pour avoir une politique d'immigration parmi les plus dures d’Europe. Au printemps dernier, le gouvernement avait demandé à des réfugiés syriens de retourner dans leur pays malgré la guerre qui y règne toujours. Autre polémique : en décembre 2021, l'ancienne ministre danoise de l’Immigration avait été condamnée pour avoir séparé des couples de réfugiés mariés. 

Dans le pays, une "loi ghettos" a par ailleurs été adoptée en 2018 : selon ce texte, la part des "non-Occidentaux" est limitée à 50% dans les quartiers de plus de 1 000 habitants dont les résidents répondent à deux des quatre critères relatifs à l'emploi, l'éducation, les revenus et la criminalité .

Un système discriminatoire auquel le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme avait appelé Copenhague à mettre fin en 2020.

 

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