Un Marocain accuse la police hongroise de lui avoir dessiné une croix sur le crâne. Crédit : Klikaktiv
Un Marocain accuse la police hongroise de lui avoir dessiné une croix sur le crâne. Crédit : Klikaktiv

L’ONG Klikaktiv, basée en Serbie, a recueilli le témoignage d’un migrant marocain qui accuse la police frontalière hongroise de lui avoir dessiné une croix sur la tête avec un rasoir. Selon plusieurs rapports, les violences à la frontière entre la Serbie et la Hongrie sont en nette augmentation ces derniers mois. Passages à tabac, coups de ceinture, de bâton, de pied, de poing, utilisation de gaz poivré et de gaz lacrymogène, insultes racistes... sont le quotidien des exilés dans la région.

Les violences à l’égard des migrants à la frontière entre la Serbie et la Hongrie ont atteint un nouveau degré dans l’humiliation. La semaine dernière, l’ONG serbe Klikaktiv, qui fournit un soutien juridique et psychosocial aux exilés, a rendu public le témoignage glaçant d’un Marocain, refoulé par les autorités hongroises.

Le jeune homme a raconté aux humanitaires qu’il avait été battu par la police hongroise alors qu’il tentait, avec d’autres personnes, de franchir la frontière avec la Serbie. Il dit avoir reçu des coups de pieds et des coups de matraques, portés par les agents frontaliers. Ces derniers ont ensuite fouillé et confisqué les effets personnels des migrants.

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Dans un des sacs à dos, les policiers ont trouvé un rasoir. "Ils l’ont allumé, m’ont tenu fermement pour que je ne puisse pas bouger et m’ont dessiné une croix sur la tête. Puis ils commencé à rire en me donnant des coups de pied sur la tête", explique le Marocain, photo de son crâne à l’appui.

Cette technique d’humiliation avait déjà été observée en 2020, cette fois à la frontière entre la Croatie et la Bosnie. Selon plusieurs sources, au moins 18 migrants avaient été marqués d’une croix sur la tête à l’aide de bombes de peinture orange par les forces de l’ordre croates alors qu’ils essayaient, eux aussi, de pénétrer dans le pays.

Des violences en augmentation

Ces nouvelles allégations rapportées début septembre par l’ONG Klikaktiv à la frontière serbo-hongroise s’ajoutent à une longue série d’accusations visant la police hongroise depuis des années. Mais selon les activistes, les violences se sont accentuées ces derniers mois.

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"Les personnes en déplacement sont touchées à la frontière par des balles en caoutchouc, ils sont expulsés de la clôture frontalière par des voitures de police qui foncent dans le grillage comme s’il s’agissait de poupées en peluches, ils sont trainés par les pieds de l’autre côte de la clôture, ils sont déshabillés et obligés de retourner en Serbie pied nus", signale Klikaktiv.

En août, Médecins sans frontières (MSF) alertait déjà sur le "recours alarmant et répété" des violences de la part des forces de sécurité hongroises à l’encontre des migrants traversant la frontière entre la Serbie et la Hongrie.

Passages à tabac, coups de ceinture, de bâton, de pied, de poing, utilisation de gaz poivré et de gaz lacrymogène, insultes racistes, refoulements illégaux… sont monnaie courante dans la région. "Chaque semaine, nous voyons plusieurs personnes, dont certains enfants, présentant de graves contusions, des blessures et coupures profondes, des luxations et des fractures, souvent sur les jambes, les bras et parfois la tête", assurait alors Andjela Marcetic, médecin de l’ONG médicale en Serbie.

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Depuis janvier 2021, MSF a traité 423 migrants victimes de violences à la frontière. "Certaines personnes disent avoir été forcées de se déshabiller, même en plein hiver, et ont parfois enduré d’autres formes d’humiliation, comme le fait de se faire uriner dessus par des agents frontaliers", ajoute l’ONG.

MSF accuse les États membres de l’Union européenne "d’utiliser intentionnellement la violence (…) pour dissuader les personnes de demande l’asile". Elle regrette que ces pays "investissent dans des clôtures en lame de rasoir et des drones", plutôt que d’offrir la sécurité aux personnes en recherche de protection, et ainsi respecter leurs obligations internationales.

 

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