Arrestations de migrants à Laayoune, au Maroc. Crédit : compte Facebook de l'AMDH
Arrestations de migrants à Laayoune, au Maroc. Crédit : compte Facebook de l'AMDH

Selon l’ONG Caminando Fronteras, une femme subsaharienne a été tuée dans la nuit de dimanche à lundi dans le sud du Maroc après avoir été touchée par un tir de la police. Elle faisait partie d’un groupe de 35 personnes qui s’apprêtaient à prendre la mer pour rejoindre l'archipel espagnol des Canaries.

La police marocaine a ouvert le feu dans la nuit de dimanche 11 à lundi 12 septembre dans le sud du pays, entre les villes d’Akfhennir et de Tarfaya, a appris InfoMigrants mardi. Les autorités ont fait usage de leur arme pour empêcher une tentative de départ de migrants vers les îles Canaries.

Une jeune femme originaire d’Afrique subsaharienne a reçu une balle dans la poitrine et a succombé à ses blessures, selon Helena Maleno de l’ONG Caminando Fronteras, contactée par InfoMigrants. Son corps a été transporté à la morgue de Laâyoune.

Plusieurs personnes ont également été blessées. Cinq migrants ont été pris en charge à l’hôpital de Laâyoune dans un état grave, dont le fils du maire d’Akhfennir. "Il a été touché d’une balle dans le dos alors qu’il essayait de s’enfuir. C’est intolérable de tirer sur des gens par derrière", déclare Helena Maleno. "On a l’impression que la police a voulu tuer, sinon pourquoi ne pas tirer dans les jambes ou les pieds ?", s’interroge la militante, qui a recueilli le témoignage des exilés, désormais terrés dans les habitations de leurs amis.


Tarfaya est située à une centaine de kilomètres des Canaries. Crédit : Google Map
Tarfaya est située à une centaine de kilomètres des Canaries. Crédit : Google Map


Les migrants s’apprêtaient à prendre place dans une embarcation pneumatique pour rejoindre l’archipel espagnol. Le groupe était composé de 35 personnes, 29 Subsahariens et six Marocains, précise l’agence de presse espagnole Efe. Parmi eux, deux bébés et 15 femmes.

Les autorités marocaines n’ont pour l’heure pas confirmé ces événements rapportés par Caminando Fronteras.

Le sud du Maroc est devenu ces dernières années un lieu de transit pour les exilés souhaitant rejoindre l’Union européenne (UE) via les îles Canaries, distantes d’une centaine de kilomètres.

Le Maroc souvent pointé du doigt pour son attitude à l’égard des migrants

Après des mois de brouille diplomatique, les relations entre l’Espagne et le Maroc se sont réchauffées mi-avril. Les deux pays ont rétabli une forte collaboration dans la lutte contre l’immigration irrégulière et Rabat a assuré tout mettre en œuvre pour empêcher les migrants d’atteindre le sol espagnol.

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L’UE a aussi opéré un important rapprochement ces derniers mois. Cet été, Bruxelles a annoncé qu’elle allait verser 500 millions d’euros au royaume marocain. Cet argent servira à consolider les nouveaux mécanismes de coopération entre l’UE et le Maroc, à savoir l'appui à la gestion des frontières, le renforcement de la coopération policière (y compris les enquêtes conjointes), et la sensibilisation aux dangers de l'immigration irrégulière.

Des accords fortement critiqués par les associations et les défenseurs des droits, qui dénoncent l’attitude agressive des autorités marocaines à l’égard des migrants. Une violence qui a atteint son paroxysme le 24 juin quand 23 personnes sont mortes en essayant d’escalader les clôtures qui séparent le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla.

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Un événement qui a provoqué une onde de choc dans les deux pays, et au-delà des frontières. Les policiers marocains ont été pointés du doigt pour leur comportement face aux quelque 2 000 exilés qui ont tenté de pénétrer en Espagne ce jour-là.

L’ONU a exigé qu’une enquête soit faite pour déterminer les circonstances de ce drame "inacceptable". "Je veux dire à quel point nous avons été choqués par les images de la violence vue à la frontière entre le Maroc et l'Espagne en Afrique du Nord ce week-end et qui a entraîné la mort de dizaines d'êtres humains, demandeurs d'asile, migrants", avait déclaré le porte-parole, Stéphane Dujarric. "Les personnes qui migrent ont des droits humains et ceux-ci doivent être respectés et nous les voyons trop souvent bafoués."

 

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