En Suède, Mustapha conte des histoires aux enfants. Crédit : Leslie Carretero
En Suède, Mustapha conte des histoires aux enfants. Crédit : Leslie Carretero

Quand Mustapha Darwich ne travaille pas dans un théâtre de Stockholm, le jeune syrien profite de son temps libre pour conter des histoires aux enfants. Une tradition bien connue en Syrie.

Dans un parc de la capitale suédoise, Mustapha Darwich enfile ses habits traditionnels arabes et se transforme en "Hakawati", un conteur, en arabe. Sous les yeux d’un petit groupe d’enfants rassemblés autour de lui pour l’occasion, le Syrien de 27 ans commence à déclamer ses histoires… Mustapha apporte en Suède une tradition venue tout droit du monde arabe, où dans les cafés du Moyen-Orient, des centaines d’"Hakawati" narrent milles et une histoire, depuis les grandes épopées arabes en passant par les contes mythologiques.

Ce jour-là, Mustapha a inventé son propre récit. A l’aide de grands gestes qui rend le spectacle vivant, et de ses costumes folkloriques, les enfants l’écoutent attentivement, fascinés, même ceux qui ne comprennent pas l’arabe. Pendant de longues minutes, rien ne viendra les distraire, ni leurs parents, ni les quelques gouttent qui commencent à tomber dans le parc.

Des cours de théâtre pour enfants au Liban

Plus tôt dans la journée, Mustapha nous avait déjà raconté une histoire. La sienne. Attablé à la terrasse d’un café, le jeune homme au regard vif a retracé son parcours. En 2012, il fuit la ville de Manbij - dans le nord d’Alep en Syrie - pour s’installer dans un camp de réfugiés au Liban. Pendant presque deux ans – de 2013 à 2015 – il travaille avec l’ONG Unicef et donne des cours de mathématiques et de théâtre aux enfants du camp. Mais la vie au Liban lui pèse. "J’ai subi le racisme là-bas, je sentais bien que je n’étais pas le bienvenu, souffle-t-il en fumant sa cigarette. C’était l’horreur".

Mustapha se prépare pour sa représentation. Crédit : Leslie Carretero

Il s’envole alors en Turquie en 2015, puis paye un passeur 1 200 dollars (environ 1 030 euros) pour atteindre les côtes grecques en bateau. Le Syrien d’une beauté éclatante emprunte ensuite le parcours classique des migrants qui cherchent à atteindre l’Europe de l’ouest ou du nord. À pied ou en voiture, Mustapha traverse la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Allemagne et le Danemark. Après un mois sur la route, le jeune homme débarque sur le sol suédois le 1er septembre 2015 et s’installe quelques temps chez sa sœur, à Göteborg (dans l’ouest de la Suède). En attendant d’obtenir un droit de séjour, il reçoit de la part des autorités 1 800 couronnes suédoises par mois (environ 180 euros). Pour payer le loyer de son appartement de Stockholm, le Syrien travaille illégalement dans une laverie.

L’intégration par le théâtre

Onze mois passent et Mustapha obtient finalement un titre de séjour en Suède, qu’il doit faire renouveler tous les ans. Il se confronte rapidement aux premières difficultés de la vie de réfugié en Suède. "C’est très dur d’obtenir du travail ici. J’ai épluché des dizaines d’annonces et j’ai finalement trouvé un emploi grâce à Facebook", explique-t-il, le regard fixé sur l’horloge de son téléphone. "Désolé mais je ne veux pas être en retard pour ma représentation".

Il sera vendeur dans un théâtre arabe de Stockholm, raconte-t-il tout en prenant le bus qui l’amène dans le parc où l’attend son jeune public. "Et à côté, je me produis devant les enfants dans des squares ou des écoles". Ses "performances", comme il les appelle, lui ont permis de rencontrer sa compagne, une suédoise. Les deux amoureux ne se connaissent que depuis six mois mais ont emménagé ensemble quelques semaines plus tôt.

Elle l’aide à apprendre la langue du pays et lui, l’initie à l’arabe. "Heureusement qu’il y a l’anglais pour communiquer", sourit Mustapha. Quand on lui demande s’il est heureux ici, le jeune homme répond sans hésiter : "J’ai la belle vie à Stockholm : un travail, une petite amie, des copains suédois. Mais ma famille, éclatée aux quatre coins du monde, me manque terriblement". Quoi de mieux, alors, pour se remonter le moral que de raconter les histoires, les mythes et légendes de sa région natale… Et pourquoi pas, dans un futur proche, ne pas le faire en suédois ? Le Syrien envisage cette option pour que les enfants, explique-t-il, "découvrent eux aussi la culture arabe".

 

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