Mercredi 14 septembre, de gros rochers ont commencé à être installés quai de la Meuse, à Calais. Crédit : Twitter @AubergeMigrants
Mercredi 14 septembre, de gros rochers ont commencé à être installés quai de la Meuse, à Calais. Crédit : Twitter @AubergeMigrants

De gros rochers ont été installés mercredi sur un terrain en bord de route, dans le centre-ville de Calais. Sur ces lieux vivaient auparavant une centaine de migrants, principalement syriens, explique le collectif Human Rights Observers qui dénonce une logique de harcèlement absurde.

Le centre-ville de Calais, dans le nord de la France, s'est doté de nouveaux blocs de pierres. Mercredi 14 septembre, de gros rochers ont commencé à être installés, par une société mandatée par la mairie, sur un petit terrain situé en bord de route, quai de la Meuse, a observé une équipe de militants de Human Rights Observers (HRO), corroborant des informations relayées par la presse locale.

"On dirait une espèce d'œuvre d'art moderne loufoque, s'étrangle Pauline, coordinatrice de HRO qui ne souhaite pas donner son nom de famille. C'est surréaliste de faire ça pour empêcher des gens de s'installer et de survivre. Déjà qu'on leur refuse un toit…"

Pour l'activiste, il ne fait en effet pas de doute : ces énormes pierres n'ont d'autre utilité que d'empêcher les migrants de créer des lieux de vie informels. "C'est une nouvelle preuve de la politique de harcèlement constante qui atteint l'intégrité psychologique des personnes exilées."

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Une centaine de personnes, principalement syriennes, vivaient depuis cet été sur cet espace, proche de la route. "Il y avait des hommes seuls, des familles, des enfants, des femmes seules avec enfants, des mineurs non accompagnés", énumère Pauline. "On ne sait pas où ces personnes sont allées."

800 tonnes de rochers pour un coût total de 45 000 euros

En amont de ces enrochements, des grillages avaient déjà été apposés en juin en contrebas de ce terrain, le long de la rivière, là où des migrants dormaient. "Ils survivaient sous des ponts : les ponts Faidherbe, George V, Mollien et Freycinet, explique encore Pauline. Mais maintenant ces zones ne sont plus accessibles, ni pour les migrants, ni pour les riverains d'ailleurs."

Selon le journal La Voix du Nord, l'opération débutée mercredi - et qui serait toujours en cours - prévoit d'installer près de 800 tonnes de rochers, pour un coût total de 45 000 euros.

"L'État dit que les personnes exilées coûtent cher mais c'est complètement hypocrite quand on voit les sommes qui sont dépensées pour les empêcher de s'installer et empêcher les associations de leur venir en aide", peste Pauline.

L'installation de rochers n'est pas nouvelle dans cette ville où les tensions entre forces de l'ordre et migrants sont omniprésentes. Cet été, des roches avaient déjà été mises près de la place de Norvège, qui servait jusque-là comme zone de distribution pour les associations. En mars 2021, un camp de migrants situé près d'un ancien magasin Conforama à Coquelles, près de Calais, avait déjà été remplacé par d'imposants rochers. Fin 2020, la mairie avait installé des rochers près d'un fort historique, sur une zone alors occupée par les associations qui venaient en aide aux migrants. 

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Les autorités municipales ont également procédé ces dernières années à des opérations de déboisement sur les lieux de vie des migrants. Entre octobre et décembre 2020, plusieurs lieux, autrefois occupés par des dizaines de personnes vivant à la rue, ont été labourés à l'aide de tractopelles, afin de rendre ces bois, ces haies, ces bosquets impraticables.

"Rien ne les arrête, commente Pauline, en référence aux autorités. Ils ne manquent pas d'ingéniosité pour harceler les personnes exilées, mais pour les mettre à l'abri et proposer une solution adaptée, là il n'y a plus personne."

Selon les associations, il y aurait une douzaine de lieux de vie informels encore actifs dans les environs de Calais.

 

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