Depuis le 26 août 2022, une centaine de jeunes migrants campent aux abords du palais de justice de Toulouse. Crédit : AutonoMIE/capture d'écran Facebook
Depuis le 26 août 2022, une centaine de jeunes migrants campent aux abords du palais de justice de Toulouse. Crédit : AutonoMIE/capture d'écran Facebook

La Ville rose a déposé, lundi 19 septembre, une requête auprès du tribunal judiciaire, afin d'expulser la centaine de jeunes exilés qui campent aux abords du palais de justice. Pour la plupart en recours, ces adolescents errent dans Toulouse à la recherche d'un abri, depuis leur expulsion d'un Ehpad, fin août.

L’errance continue pour les jeunes migrants de Toulouse. Lundi 19 septembre, la mairie a déposé une requête auprès du tribunal judiciaire de la ville pour demander l’expulsion de leur campement informel, à proximité du palais de justice. "Ce terrain étant dépourvu des équipements de sécurité et de salubrité nécessaires, cette occupation constitue un trouble manifeste à l’ordre public", se justifie Toulouse Métropole dans un communiqué.

Vendredi, lors d’une table ronde organisée à la préfecture de Haute-Garonne avec le département, le maire Jean-Luc Moudenc avait déjà rejeté la responsabilité de ces jeunes à l’État et au département, chargé "de reloger" ces exilés pour l'un, et compétent pour "prendre en charge les mineurs" pour l'autre. 

Problème, si la plupart des migrants présents dans le camp se disent mineurs, ils ont été déclarés majeurs par le Conseil départemental, en charge de la reconnaissance de minorité. Ils ont donc déposé un recours devant la justice pour contester cette décision. Mais en attendant la réponse du juge, et pendant que les autorités s'en rejettent la responsabilité, ils se retrouvent à la rue. Une situation que dénonce Médecins du Monde, qui estime qu'environ "96%" d’entre eux sont bien mineurs, et ont besoin de protection.

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Des affirmations balayées en brèche par Jean-Luc Mondenc dans la presse, pour qui ces adolescents sont " des gens […] en situation irrégulière, des clandestins". "Pas mal d’entre eux sont des fraudeurs parce qu’en réalité, ils sont majeurs", assurait-il à Actu Toulouse dans une interview le 12 septembre.

Des psychologues pour évaluer la minorité

Ce mardi 20 septembre, c’est justement la problématique à laquelle tenteront de répondre les services de l'État, envoyés sur place. Ils examineront la situation des migrants qui le souhaitent "au cas par cas", avant une éventuelle expulsion. "La question est de savoir qui est mineur, indique France3 Occitanie. Des experts et psychologues le détermineront grâce à une analyse psychologique".

Les personnes jugées mineures seront prises en charge par le Conseil départemental via le dispositif DDAEOMIE, chargé de l’accueil des mineurs isolés étrangers. Pour les exilés en recours, "un hébergement provisoire sera proposé à titre exceptionnel le temps que la demande soit étudiée [ce qui peut prendre plusieurs mois, ndlr]", affirme, de son côté, France Bleu. Enfin, si la personne est reconnue majeure, elle "pourra effectuer une demande d'asile, une demande d'admission exceptionnelle au séjour etc".

La préfecture de Haute-Garonne prend actuellement en charge "1 125 jeunes non accompagnés, dont 439 mineurs et 673 jeunes devenus majeurs". Dans la région, les exilés sont sous la protection du département jusqu’à l’âge de 21 ans.

Mouvement de foule et gaz lacrymogènes

Les imbroglio administratifs continuent donc pour la centaine d’exilés qui survivent sous des toiles de tentes et des petites cabanes. Ils ont pris possession des lieux après avoir été expulsés, le 26 août dernier de l’ancien l’Ehpad des Tourelles, dans lequel ils avaient trouvé refuge en février 2020.

Lors de cette expulsion, l'un des exilés avait été blessé à la cheville, un autre en état de choc avait été accompagné aux urgences psychiatriques. Certaines avaient été légèrement blessés "dans le mouvement de foule provoquée par les gaz lacrymogènes", avait précisé à InfoMigrants Antoine Bazin, coordinateur programme et actions mobiles de Médecins du Monde.

À l'issue de l'expulsion, le département avait pris en charge des jeunes isolés dont la minorité avait été vérifiée par le procureur de la République, soit 10 personnes au total.

Le 3 septembre, ces jeunes originaires d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb et d'Afghanistan, avaient investi un collège désaffecté de Toulouse. Ils en avaient été presque immédiatement contraints d’en sortir, et avaient donc réinvesti les allées Jules-Guesde du palais de justice. "Je suis arrivé en France il y a un an, je n'ai pas encore 18 ans. Jamais je n'aurais pensé être traité comme un criminel", a déclaré à l’AFP Sami, un Algérien accroupi sur le trottoir, à côté d'un grand sac plastique contenant ses affaires.

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Dans un communiqué, Médecins du Monde rappelle que "les conséquences" de ces expulsions sont "multiples et violentes" pour les migrants. "Elles viennent s’ajouter aux traumatismes antérieurs rencontrés sur la route de l’exil, la perte de repères pour des adolescents isolés une fois arrivés en France, l’insécurité administrative, la remise en cause de leur propre identité et de leur vécu". Ces mises à la rue mettent aussi "à mal les chances d’intégration de ces jeunes dans des dispositifs scolaires adaptés".

L’ONG réclame ainsi "l’ouverture d’un dispositif d’accompagnement et d’hébergement adapté aux besoins des mineurs isolés étrangers exclus du dispositif de protection de l’enfance", en recours auprès du juge pour enfants. Le but ? Permettre enfin à ces jeunes de "prendre soin d’eux - dormir, se laver, s’habiller, se nourrir, se soigner, continuer leurs démarches juridiques, reprendre leur scolarité". Des besoins basiques qui restent à ce jour inaccessibles aux jeunes du campement palais de justice.

 

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