En 2015, la Suède a mis en place une véritable politique d’accueil. Crédit : Reuters
En 2015, la Suède a mis en place une véritable politique d’accueil. Crédit : Reuters

Au plus fort de la crise migratoire en 2015, quand tant de pays européens détournaient le regard, la Suède ouvrait, elle, ses portes aux réfugiés. Longtemps perçue comme un modèle à suivre, la politique d’accueil et d’intégration du pays semble se fissurer.

"Mon Europe accueille les réfugiés. Mon Europe ne construit pas des murs". Ces mots ont été prononcés en septembre 2015 par le Premier ministre suédois Stefan Löfven. A cette époque, l’Union européenne (UE) se trouve confrontée à une crise migratoire sans précédent, et la majorité des Vingt-huit - dont la France - rechigne à accueillir des réfugiés.

La Suède, elle, relève le défi et met en place une véritable politique d’accueil faisant de cet État membre le pays le plus accueillant envers les migrants, proportionnellement au nombre d’habitants.  En 2015, 163 000 demandes d’asile ont été déposées en Suède – contre un peu plus de 80 000 en France. Parmi elles, près de 34 500 ont été acceptées – contre 19 500 dans l’Hexagone. Le pays scandinave fait office de bon élève.

Aucun migrant dans les rues

Bien que débordé par le nombre d’arrivées - "1 000 personnes par jour" en 2015, affirme Kenneth Brusquini, un bénévole de la Croix-Rouge suédoise – aucun migrant n’a été contraint de dormir dans les rues. "Très vite, on a ouvert un camp informel pour les mettre à l’abri à côté de la gare de Malmö (ville frontalière avec le Danemark, pays par lequel les migrants atteignent la Suède, ndlr). Il était impensable de les laisser dehors", ajoute Kenneth Brusquini.

Rapidement, le gouvernement a mis en place un système de quota afin que chaque commune suédoise - réticente ou non - participe à l’accueil des réfugiés. Le but étant de les intégrer au mieux dans la société mais surtout de désengorger au maximum les centres d’accueils qui sont placés sous la houlette de l’Office national des migrations et normalement destinés aux seuls primo-arrivants.

Les mineurs aussi sont bien lotis. Conformément à la Convention de Genève, le pays protège ce public vulnérable et les met à l’abri dans les lieux de transit, avant de les répartir dans des centres d’accueil spéciaux. Ces centres sont gérés par les municipalités qui s’appuient sur des entreprises privées ou publiques pour s’en occuper. Les enfants sont obligatoirement scolarisés dans les écoles du quartier.

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La France, à titre de comparaison, pourrait paraître bien en retard. Elle assure, elle aussi, la protection des enfants, mais beaucoup échappe encore aux radars des services sociaux. De nombreux mineurs isolés se sont évanouis dans la nature, estiment les associations.

Quant à la prise en charge des migrants, le constat est alarmant. Si le pays compte de nombreux centres d’accueil et d’orientation (CAO), des centaines de demandeurs d’asile – mineurs ou majeurs - survivent dans des conditions indignes dans des tentes, sur les trottoirs du nord de Paris, à la frontière franco-italienne et, bien sûr, à Calais. Là-bas, selon un récent rapport de Human Rights Watch, les migrants sont harcelés par la police. Médias et ONG s’alarment aussi du comportement des forces de l’ordre – qui utiliseraient sans ménagement gaz au poivre et bombes lacrymos.

Le difficile accès au travail

Pourtant, la belle vitrine d’intégration suédoise semble aujourd’hui s’essouffler. Selon le journaliste Kenan Habul, travaillant pour le célèbre journal "Aftonbladet", le difficile apprentissage de la langue et le manque d’accompagnement professionnel, compliquent le processus d’intégration.

Bien que de nombreux réfugiés soient des notables en possession d’un diplôme de médecin, d’instituteur ou d’avocat, ils doivent reprendre des cours pour obtenir une équivalence. Nombre d’entre eux ne peuvent pas se permettre de retrouver les bancs de la fac. Ils sont donc obligés de se tourner vers des "petits boulots", non-déclarés - qui vont souvent de pair avec des conditions de travail précaires et des salaires très bas dans un pays où le coût de la vie est particulièrement élevé.

Recrudescence des violences

Un autre facteur inquiète les associations : les actes anti-migrants qui semblent se multiplier ces derniers mois en Suède. "Il y a toujours eu des attaques de ce type mais j’ai l’impression qu’on assiste à une augmentation", note Kenan Habul. En 2016 par exemple, des dizaines d’hommes masqués se sont attaqués à des migrants dans le centre de la capitale. Le 7 juillet dernier, trois néo-nazis ont été condamnés à des peines de prison pour des attentats à la bombe qui visaient des centres d’hébergement pour migrants. Le parti suédois de l’extrême-droite, les Démocrates de Suède, qui surfe sur cette vague anti-immigration est même devenu en quelques années le premier parti d’opposition au gouvernement de centre-gauche, selon un sondage paru en juin.

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Sous la pression nationaliste, le pays a renforcé ses contrôles aux frontières allant jusqu’à fermer le pont qui relie le Danemark à la Suède en 2016. Les contrôles dans les trains en provenance de Copenhague se sont renforcés ainsi que les renvois des migrants vers des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, pourtant considérés comme dangereux. "Le gouvernement expulsent les Afghans et les Irakiens alors qu’il alerte ses concitoyens sur le danger de se rendre sur place", peste le journaliste. "Notre Europe accueille les réfugiés. Notre Europe ne construit pas des murs", disait en 2015 le Premier ministre. Une époque qui parait bien loin aujourd’hui.

 

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