Des jeunes migrants dans le camp de Fylakio, dans la région de l'Evros. Crédit : InfoMigrants
Des jeunes migrants dans le camp de Fylakio, dans la région de l'Evros. Crédit : InfoMigrants

Depuis cet été, les migrants arrivés en Grèce doivent passer par une plateforme en ligne pour déposer leur demande d'asile. Une fois le rendez-vous obtenu - qui peut prendre plus d'un an -, les exilés sont sommés de se rendre dans les centres fermés du pays. Mais beaucoup refusent d'aller dans ces structures, ne sachant pas s'ils pourront en sortir un jour. Entretien avec Domitille Nicolet, coordinatrice et avocate de l’association Equal legal aid (Ela), basée à Thessalonique.

InfoMigrants : Quelle est la nouvelle procédure pour déposer un dossier d’asile en Grèce ?

Domitille Nicolet : Depuis le 13 juillet, le gouvernement a mis en place une nouvelle procédure. Désormais, les demandeurs d’asile doivent s’inscrire sur une plateforme en ligne*, disponible en plusieurs langues.

Les personnes s’inscrivent pour prendre rendez-vous dans un RIC.

Les RIC sont des centres d’identification. Il en existe plusieurs dans tout le pays. Cinq sur les îles de la mer Égée : Chios, Lesbos, Samos, Kos, Leros. Et au moins trois sur le continent : Fylakio près d’Evros, Diavata, près de Thessalonique et Malakasa, près d’Athènes.

Le but de cette nouvelle pratique est de centraliser les demandeurs d’asile dans un même lieu, éviter qu’ils soient éparpillés sur tout le territoire, et placer un maximum de personnes dans des camps fermés.

>> À (re)lire : En Grèce, demander l’asile est devenu (presque) mission impossible

Le message envoyé par les autorités est toujours le même : "Ne venez pas, restez en Turquie". C’est de plus en plus difficile de demander l’asile en Grèce, et donc in fine à obtenir le statut de réfugié. C’est un véritable parcours du combattant.

Tous les outils sont mis en place pour rendre la procédure d'asile impossible. La conséquence directe est que le gouvernement crée des sans-papiers.

IM : Quels problèmes rencontrent les migrants qui tentent d’obtenir un rendez-vous ?

DN : Le système est tellement saturé que les rendez-vous donnés aux gens qui s’inscrivent en ce moment ne sont pas avant novembre 2023.

Qu’est-ce que tu fais pendant un an ? Où tu dors ? Comment tu subviens à tes besoins ? Pendant cette période, les demandeurs n’ont pas le droit à un hébergement ou à une aide financière.

Si tu te fais arrêter par la police, que va-t-il se passer ? Vont-ils renvoyer la personne vers la Turquie ou son pays d’origine, étant donné qu’il n’est pas enregistré comme demandeur d’asile.

Par ailleurs, beaucoup de gens n’ont pas une bonne connexion à Internet. Il est impossible pour eux de remplir le formulaire en ligne.

Cette nouvelle procédure va compliquer encore plus le quotidien des exilés. Et ça pose un certain nombre de questions.

IM : Quelles questions restent en suspens, et auxquelles le gouvernement n’a pour l’heure pas répondu ?

DN : On ne sait pas si les gens seront gardés dans les camps, jusqu’à la réponse à leur demande d’asile. Auront-ils le droit d’en sortir ? Quelles seront les conditions de vie et d’enfermement dans ces structures ?

Pour l’instant, on a constaté qu’un certain nombre de personnes refusent de s’y rendre et n’honorent pas leur rendez-vous, car ils ne savent pas ce qu’ils vont leur arriver. Il faudra voir sur le long terme comment les choses vont évoluer mais cela ne présage rien de bon.

*Pour s'inscrire sur la plateforme en ligne, cliquez ici.

 

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