Un sauvetage dans la Manche, le 29 juin 2021. Crédit : Twitter/Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord
Un sauvetage dans la Manche, le 29 juin 2021. Crédit : Twitter/Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord

La traversée aurait pu leur être fatale. Sur les 138 personnes secourues entre mercredi et jeudi par les autorités françaises, sept ont fini à l'eau. Quatre se sont jetées dans la mer, pris de panique alors que leur bateau commençait à s'enfoncer dans l'eau. Trois autres exilés sont, eux, passés par-dessus bord après le départ de leur canot. En hypothermie, ils ont été pris en charge quelques heures plus tard à l'hôpital.

Malgré la détérioration des conditions météorologiques, les traversées ne faiblissent pas dans le détroit de la Manche. Jeudi 29 septembre tôt dans la matinée, 45 personnes ont été secourues au large de Camiers, près du Touquet. Leur embarcation était à la dérive en mer "après plusieurs avaries de moteur", indique la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. Les passagers ont d’abord été transférés sur une vedette côtière de surveillance maritime, puis déposés au port de Boulogne-sur-Mer.


Aux mêmes heures plus au nord, au large de Leffrinckoucke, un drame a été évité in extremis. Un bateau avec 50 personnes à bord a commencé à prendre l’eau au milieu des bancs de sable. Pris de panique, quatre exilés se sont jetés dans la mer. "L’eau nous est montée jusqu’aux chevilles, environ 10 cm et je ne sais pas nager. Donc j’ai décidé de descendre. On n’était pas très loin du bord de mer", confie l’un d’eux à La Voix du Nord. Les quatre naufragés âgés de 20 à 27 ans - un Soudanais, un Yéménite et deux Syriens – ont finalement été récupérés par la police à hauteur des falaises du cap Blanc-Nez.

Les pompiers de Calais sont intervenus sur la plage pour les prendre en charge, "avant de repartir une heure plus tard, laissant les migrants face à la mer", emmitouflés dans des couvertures de survie, affirme Nord Littoral. Des bénévoles de l’association Utopia56 ont donc pris le relais. Malgré l’arrivée de la Protection civile, et après plusieurs heures d’attente, aucune mise à l’abri n’a finalement été effectuée. En cause, le profil des rescapés : des hommes seuls et en faible nombre. "La mise à l'abri est proposée uniquement aux personnes vulnérables et aux familles", a précisé la préfecture à la Voix du Nord. "C’est encore les associations qui sont là pour prendre en charge les exilés, a déploré Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56. L’État fait le minimum. Ces gens repartent tremper des naufrages vers leurs campements".

Les autres naufragés de l'embarcation, eux, ont été secourus par les sauveteurs en mer de Dunkerque. Ils ont été déposés au port de la ville en fin de matinée, puis pris en charge par les pompiers et la police aux frontières (PAF).

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Quelques heures plus tôt, un autre bateau chargé de 43 personnes quittait une plage de Merlimont. D’après la presse locale, les gendarmes sont intervenus pour les empêcher de prendre la mer, sans succès. Le canot pneumatique a alors continué sa course. Mais peu après qu’il a quitté le rivage, "trois personnes sont tombés à la mer, écrit la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord dans un communiqué. "L’embarcation a fait demi-tour et les a récupérés avant de prendre la direction du large", raconte la Voix du Nord.

Au vu des circonstances, la société nationale des sauveteurs en mer (SNSM) a été alertée. En début de matinée, l’embarcation a été repérée dans les eaux territoriales, à quatre kilomètres des côtes anglaises. Le bateau de la SNSM les a donc escortés jusqu’à ce qu’ils soient pris en charge par les autorités anglaises, mais "les sauveteurs ont ramené à leur bord les trois hommes [de nationalité iranienne] qui étaient tombés à l’eau et qui souffraient d’hypothermie". Les naufragés ont été ramenés au port de Berck et transportés à l’hôpital.

Plus de 30 000 arrivées au Royaume-Uni

Malgré la multitude d’initiatives sécuritaires déployées pour endiguer les traversées, les départs vers le Royaume-Uni n’ont jamais été si nombreux. Depuis le 1er janvier, plus de 30 000 personnes ont atteint les côtes anglaises à bord d'embarcations de fortune, selon le Home Office, équivalent du ministère de l'Intérieur en France. Pour la seule journée de jeudi 22 septembre, 1 150 candidats à l'exil, répartis sur 21 bateaux, ont débarqué au Royaume-Uni.

Pour atteindre leur but, les migrants s'entassent dans des embarcations inadaptées à cette traversée très dangereuse, malgré la courte distance qui sépare les deux littoraux. Vendredi 23 septembre, un canot avec à son bord 57 migrants a chaviré au large de Calais. Tous sont tombés à l’eau, y compris 17 enfants dont deux nourrissons. Ils ont finalement été repêchés par un navire de la gendarmerie et amenés au port de Boulogne.

Jeudi 15 septembre, un canot pneumatique s’est dégonflé, cette fois près des côtes du Kent, au Royaume-Uni. Les garde-côtes ont coordonné des recherches pour retrouver les 38 passagers, à l’aide de bateaux, d’un avion et d’un hélicoptère. À leur arrivée sur les lieux du naufrage, près d’une heure plus tard, "certains passagers étaient déjà dans l'eau", écrit GB News. À 7h07, tous ont finalement été secourus, sains et saufs. Ils ont ensuite été emmenés au port de Douvres.

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Ces récents naufrages interviennent près d’un an après le drame qui avait coûté la vie à 27 personnes, le 24 novembre 2021. Leur embarcation avait chaviré au large de Calais. Seuls deux hommes avaient pu être secourus, un Soudanais et un Kurde irakien. Ce dernier, interrogé par le média kurde Rudaw news, avait raconté que les naufragés avaient lancé des appels à l'aide aux autorités britanniques et françaises pendant la traversée. Elles sont restées sans réponse.

 

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