Des manifestants se rassemblent devant le centre de séjour de courte durée CETI de Melilla, le 27 juin 2022. Crédit : Reuters
Des manifestants se rassemblent devant le centre de séjour de courte durée CETI de Melilla, le 27 juin 2022. Crédit : Reuters

Plus de trois mois après le drame de Melilla, les condamnations continuent de pleuvoir sur les migrants impliqués. Jeudi, 18 exilés ont écopé d'une peine de trois ans d'emprisonnement par la Cour d'appel de Nador, pour "violence contre agents de la force publique" notamment.

Lourde peine pour les migrants de Melilla. Jeudi 6 octobre dans la soirée, la Cour d’appel de Nador a condamné en appel 18 migrants soudanais et tchadiens à trois ans de prison ferme. Tous avaient pris part à la tentative meurtrière d'entrée en force, le 24 juin, dans l'enclave espagnole de Melilla. Les 18 condamnés - qui font partie d'une soixantaine de migrants en situation irrégulière interpellés à la suite du drame - avaient écopé en première instance de 11 mois de prison.

Depuis leur arrestation, ils étaient poursuivis pour "entrée illégale sur le sol marocain", "violence contre agents de la force publique", "attroupement armé" et "refus d'obtempérer".

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a dénoncé dans un tweet "un système judiciaire répressif" à l'issue du jugement.

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Ce jugement est le dernier d’une longue série. Jeudi 29 septembre, quinze autres exilés de mêmes nationalités ont écopé d'une peine identique, toujours en appel. "Ce verdict est très sévère alors que nous espérions que ces peines soient allégées", avait regretté auprès de l’AFP le militant de l’AMDH Omar Naji. Le 17 août, un autre groupe de 13 personnes a été condamné à deux ans et demi de prison ferme. Ils avaient comparu devant la chambre criminelle de première instance du tribunal de Nador.

Depuis le 24 juin, plusieurs dizaines de migrants, en majorité des Soudanais, ont été condamnés en première instance à des peines allant de huit mois à deux ans et demi de prison ferme par la justice marocaine.

Amoncellement de corps inertes

Le 24 juin, près de 2 000 migrants en majorité originaires du Soudan - pays très pauvre miné par les conflits et dirigé par un régime militaire - ont tenté de s'introduire dans la cité espagnole de Melilla via le poste-frontière marocain de Nador. Le drame avait fait 23 morts parmi les migrants, selon les autorités marocaines, 27, d'après l'AMDH. Ce bilan humain est le plus lourd jamais enregistré lors d'une des nombreuses tentatives de migrants d'entrer à Melilla et dans l'enclave espagnole voisine de Ceuta, qui constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec le continent africain.

Sur des images amateurs filmées ce jour-là, on pouvait voir des amoncellements de corps inertes gisant au sol, des visages de migrants en souffrance, et des coups de matraque distribués par des forces de l'ordre marocaines sur des hommes déjà à terre.

Des dizaines de blessés parmi les migrants près de la frontière avec Melilla. Crédit : Capture d'écran images amateur
Des dizaines de blessés parmi les migrants près de la frontière avec Melilla. Crédit : Capture d'écran images amateur


Quelques heures après les faits, l’ONU et l’Espagne avaient réclamé une enquête indépendante. De son côté, le Maroc avait lancé une mission d’information. Conduite par le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), elle avait conclu à la mort "par asphyxie" des 23 victimes. Cette enquête terminée, le Maroc s’est empressé de porter les exilés devant la justice.

Le royaume est un pays de transit pour de nombreux candidats à l'émigration qui cherchent à rejoindre l'Europe. Mais s'il se dépeint en terre d’accueil et d’intégration des réfugiés, pour les migrants sans papiers en transit sur son territoire, la réalité est toute autre. Dans le nord du Maroc, des centaines, parfois des milliers de personnes, vivent recluses dans la forêt de Gourougou et dans les bois aux alentours de Nador. Ces terrains en pleine nature sont, pour les candidats à l'exil, les seuls endroits accessibles, en attendant de pouvoir approcher Melilla.

En mars, un migrant soudanais originaire du Darfour avait confié à InfoMigrants "passer [son] temps à essayer d'échapper à la police et aux forces de sécurité". "Mais je n'ai aucune autre option, j'essaierai encore [de passer en Espagne], c'est sûr."

 

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