Un migrant et des policiers devant le centre de La Chapelle, à Paris, le 7 juillet 2017. Crédit : Reuters
Un migrant et des policiers devant le centre de La Chapelle, à Paris, le 7 juillet 2017. Crédit : Reuters

Lors de son périple pour rejoindre la France, Bilal est passé par l’Italie où ses empreintes ont été enregistrées. Une procédure qui fait de lui un "dubliné" : il ne peut pas faire sa demande d’asile en France car son dossier ne peut être examiné que par un seul pays, celui par lequel le jeune afghan est entré en Europe, à savoir l’Italie.

Il a dormi plusieurs nuits devant le centre humanitaire de la Chapelle. Et enduré la pluie, la boue, le froid malgré la saison estivale. "C'est vraiment dur de pas avoir de parapluie", confie-t-il en souriant, un jour de pluie, avec son tee-shirt trempé. Bilal est en France depuis le mois d’avril 2017. Il vient d’Afghanistan. 

Avant de toucher le sol français, Bilal a vécu une épopée européenne en passant par la Grèce, l’Italie, le Royaume-Uni... La première fois qu'il a atteint l'Hexagone, il a rejoint Calais, dans le Nord. C'était fin 2013. De là, il parvient à atteindre l'Angleterre, l’eldorado rêvé pour tant de demandeurs d’asile afghans, en se cachant dans un camion. Il restera trois ans en terre promise avant de déchanter. "Je pensais demander l’asile à Londres, mais mes amis là-bas m’ont dit que je n’avais aucune chance parce que j’étais un ‘dubliné’". Un terme qu'il ne connaît pas. 

Bilal se rappelle avoir laissé ses empreintes en Italie, lors de son arrivée en Europe, quelques années auparavant. Sans le savoir, il a été enregistré dans le fichier Eurodac. En vertu des accords de Dublin, c’est donc en Italie que sa demande d’asile doit être déposée. Aucun autre pays de l’UE n’est en mesure d’instruire son dossier.

Après plusieurs mois de réflexion, Bilal renonce à son rêve anglais. Il ne veut pas vivre dans l’illégalité. "Ça peut paraître bizarre, mais j’ai décidé de quitter l’Angleterre. Je veux une belle vie, pas une vie où je me cache tout le temps…" Ses amis lui conseillent d’aller en France : "C’est un bon pays pour les réfugiés...", lui disent-ils. Hors de question de retourner en Italie. "J’aime bien la France, je veux rester ici et construire ma vie", ajoute-t-il simplement.

Bilal devant le centre humanitaire de La Chapelle, à Paris. Crédit : InfoMigrants

Assigné à résidence

De Londres, Bilal rejoint donc Paris, caché - encore une fois - dans un camion. Pendant plusieurs semaines, son quotidien est fait de squats et de trottoirs parisiens. Puis un jour, il obtient enfin un rendez-vous dans le centre humanitaire de Paris, à Porte de la Chapelle. De là, il espère qu’on le guidera vers l’Ofpra pour déposer sa demande d’asile. "Je savais que j’étais ‘dubliné’ mais j’ai quand même essayé", explique-t-il. Le couperet tombe, sans surprise. La préfecture lui indique que sa demande d’asile ne sera pas traitée en France mais en Italie.

>> À lire sur InfoMigrants : comment demander l'asile en France ? 

Comme de nombreux "dublinés", et selon la règle en vigueur, Bilal est donc "assigné à résidence", en attendant son transfert. Il n’a pas le droit de prétendre à une place en Cada, réservé aux demandeurs d’asile. Depuis plusieurs jours, il loge donc à Fontainebleau, en région parisienne, dans un centre d’hébergement d’urgence pour migrants (CHUM). Là-bas, il retrouve de nombreux migrants dans la même impasse administrative que lui.

Six mois d’attente

Il sait que désormais deux choix s’offrent à lui. Soit l’Italie répond à la requête française et accepte le rapatriement de Bilal sur son sol. Soit l’Italie ne donne pas suite. Dans le deuxième cas, - et si l’administration italienne "l’oublie" pendant six mois - Bilal aura le droit de faire sa demande en France. C’est une des particularités des accords de Dublin. "Si vous n’avez pas été transféré dans les six mois à compter du jour où le pays contacté a donné son accord [pour un transfert], la France devient responsable de votre demande d’asile", écrit l’association d’aide aux migrants GISTI, sur son site internet.

"Dans le centre de Fontainebleau, on est beaucoup à attendre que les six mois passent. On croise les doigts", explique Bilal. Une fois l’échéance passée, "si Bilal est encore ici, il basculera en procédure normale", confirme de son côté Armand Oko, le responsable socio-éducatif du CHUM. "L’équipe sociale sera là pour l’accompagner dans ses démarches et le mener jusqu’ à l’Ofpra".

Rappel :

Les accords de Dublin III font partie d’un règlement qui régit la demande d’asile en Europe. Ces accords prévoient notamment que le premier pays d’entrée de l’UE d’un demandeur d’asile devient le pays compétent pour statuer sur sa demande d’asile. Chaque pays relève donc les empreintes digitales des migrants arrivant sur son sol. Ces empreintes sont ensuite enregistrées dans le fichier Eurodac. De nombreux migrants qui arrivent par les côtes italiennes ne souhaitent pas demander l’asile en Italie, ils tentent alors d’échapper au relevé d’empreintes avant de rejoindre illégalement d’autres pays européens.

 

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