Réfugiés dans une salle de classe en Allemagne
Réfugiés dans une salle de classe en Allemagne

Selon une récente étude, les médias allemands accordent un place démesurée à la couverture d’actes violents commis par des réfugiés au détriment de ceux dont ils sont victimes.

Le nombre d'attaques contre les étrangers établis en Allemagne a augmenté d’environ un tiers cette année, dans la même proportion que celui de personnes étrangères suspectées d’avoir commis un délit ou un crime.

Et pourtant, selon une étude de l’Université Macromedia, les médias ne s’en sont pas fait l’écho de manière équilibrée. L’équipe de Thomas Hestermann, professeur spécialisé dans l’étude des médias et de la communication qui a dirigé l’étude, a analysé 283 articles, publiés par quatre grands journaux nationaux allemands et 81 reportages diffusés à la télévision. Le tout sur une période s’étalant de janvier à avril 2017.

Selon le professeur Hestermann. "Les médias se concentrent avant tout sur les étrangers responsables de violences".

Plus dun millier de femmes ont affirm avoir t victimes dagressions sexuelles le soir du 31 dcembre  Cologne

Le tournant de la Saint-Sylvestre

Pour les chercheurs, un tournant a eu lieu après la vague d’agressions sexuelles qui s’est déroulée à Cologne dans la nuit du 31 janvier 2015 au 1er janvier 2016. Depuis cette date, explique Thomas Hestermann, les médias parlent généralement d’une manière bien plus négative des réfugiés - même si cette affirmation est à nuancer en fonction des journaux et des chaînes de télévision concernés.  

Selon l’équipe de l’Université Macromedia, les chaînes d’information ont diffusé cette année quatre fois plus de reportages sur des étrangers suspectés de crime par rapport à 2014, sans que l’évolution statistique de la criminalité ne le justifie. 

Certes, depuis une dizaine d’années, l’intérêt des médias pour le phénomène de délinquance étrangère ne se dément pas, concède Thomas Hestermann. Mais c’est la première fois, depuis le lancement de cette étude menée sur le long terme, que le phénomène atteint un tel niveau, précise-t-il. A titre d'exemple, 64% des articles publiés par le quotidien à grand tirage Bild concernant les étrangers sont en rapport avec des individus suspectés de crimes.

L'étude montre dans le même temps qu'en trois ans, les médias ont consacré moitié moins d'articles aux agressions d'étrangers. La direction de la police judiciaire (BKA) a pourtant enregistré une augmentation de ces violences. En 2013 déjà, le BKA avait commencé à recenser la nationalité des victimes de crimes. Il en ressortait que les étrangers étaient de loin les plus touchés.

Selon Thomas Hestermann, ce genre de couverture donne aux lecteurs et aux téléspectateurs une vision déformée de la réalité et nourrit les préjugés. Par conséquent, "les gens finissent peut-être par se dire que l’intégration est une énorme erreur."

Manque d’esprit critique ?

Thomas Hestermann souhaite une couverture médiatique plus équilibrée. "Les médias doivent mener des recherches approfondies, être honnête et parler autant des défaillances et des désillusions que des réussites" estime-t-il.

Autre conclusion de l’étude : quel que soit le média analysé, les réfugiés sont rarement interviewés. Certes, il y a une question de barrière linguistique mais il est tout de même surprenant de constater à quel point tous les médias se ressemblent sur ce point, dit Thomas Hestermann. Comme si "les journalistes allemands manquaient de curiosité", déplore-t-il.

L’étude Macromedia suit de peu une autre enquête réalisée sur l’attitude de l’ensemble des médias allemands au moment de l’arrivée d’un million de réfugiés dans le pays en 2015 et au début de l’année 2016.

En juillet, un équipe de chercheurs de l’Institut Otto Brenner de Francfort a publié une étude dénonçant la légèreté dont ont alors fait preuve les médias allemands, déplorant leur partialité et leur manque d’objectivité.

En septembre 2015 les rfugis et les migrants taient accueillis  bras ouverts en Allemagne

Les médias traditionnels se sont concentrés sur l’accueil enthousiaste réservé aux réfugiés par une partie de la population allemande. Ils ont publié et diffusé des histoires émouvantes sur les migrants. Mais ils ont ignoré tout un autre pan de la population qui était soit réservé soit carrément opposé à l’arrivée des nouveaux venus.

Les chercheurs de l’Institut Otto Brenner ont passé au crible plus de 30 000 journaux. Ils ont constaté que les journalistes s’étaient appuyés sur le slogan de la Willkommenskultur (la culture de l’accueil) pour exercer une pression morale sur les citoyens et faire en sorte qu’ils aident les réfugiés. Selon eux, ce genre de couverture a aussi contribué à faire chuter la confiance des lecteurs et des téléspectateurs dans leurs médias traditionnels.

Par Dagmar Breitenbach

Publié le 1er août 2017

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