Une opération de secours d'une embarcation de migrants dans la Manche, en avril 2022. Image d'illustration. Crédit : Twiter @Premar
Une opération de secours d'une embarcation de migrants dans la Manche, en avril 2022. Image d'illustration. Crédit : Twiter @Premar

Dans la soirée de lundi, les secours français ont porté assistance à 90 exilés tentant la traversée de la Manche vers le Royaume-Uni. Trois opérations de sauvetage successives ont été réalisées dans des conditions particulièrement difficiles pour le repérage et la sécurité des embarcations.

Les secours français ont déployé plusieurs moyens de sauvetage pour porter assistance à deux embarcations repérées dans la soirée, lundi 14 novembre. Une soirée particulièrement compliquée pour les candidats à la traversée vers les côtes britanniques, mais aussi pour les équipes de secours.

Cette nuit-là, les conditions météorologiques sont "délicates", décrit la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord dans son communiqué. "La mer commence à s’agiter, la nuit tombe et la brume se lève". Autant de conditions compliquant le repérage des embarcations, et mettant davantage en danger les exilés.

Localisant une embarcation précaire de 49 personnes au large de Dunkerque, le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage maritimes (CROSS) demande à un navire de pêche, qui se trouvait sur zone, de modifier sa trajectoire afin de patienter auprès des exilés, le temps que les secours arrivent. La SNSM de Calais prend le relais, en faisant monter à bord 33 personnes. Dans le même temps, un bateau de la SNSM de Gravelines secourt les 16 passagers restants.

Un précédent sauvetage nécessitant plusieurs intervenants

S'il a fallu deux bateaux de la SNSM, c'est que celui de Gravelines venait juste de procéder à un autre sauvetage et comptait donc déjà des naufragés à bord. Peu de temps avant, le CROSS avait localisé une embarcation au large de Leffrinckoucke. Celle-ci comptait 41 personnes à bord.

À ce moment-là, un premier patrouilleurs des douanes est dépêché sur place, mais ne parvient pas à réaliser le sauvetage : " Son tirant d’eau ne lui permet pas d’accéder directement à l’embarcation", relate la préfecture maritime.

La SNSM de Gravelines intervient alors, aux côtés de la SNSM de Dunkerque. Les deux équipes parviennent à prendre à bord les 41 passagers.

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Les 90 personnes secourues cette nuit-là ont toutes été débarquées au port de Dunkerque. Elles y ont été prises en charge par le service départemental d'incendie et de secours et la police aux frontières, toujours selon la préfecture maritime. Cette dernière rappelle que les conditions de traversée de la Manche "sont souvent difficiles (120 jours de vent supérieur ou égal à force 7 en moyenne annuelle par exemple)" et que le secteur est donc "particulièrement dangereux, notamment à une période où la température de l'eau commence à diminuer."

Les secours français face à l'enquête judiciaire

Ce même lundi, un nouvel accord entre la France et le Royaume-Uni a été signé. Il comporte une enveloppe de 72,2 millions d'euros que devront verser les Britanniques en 2022-2023 à la France qui, en contrepartie, s'engage à augmenter ses forces de sécurité de 100 policiers et gendarmes supplémentaires sur les plages d'où partent les migrants à destination des côtes britanniques.

>> À (re)lire : Naufrage de migrants : une enquête révèle des dysfonctionnements graves des secours français dans la Manche

Du côté des sauvetages en revanche, l'enquête judiciaire sur le naufrage du 24 novembre 2021, révélée par Le Monde, met en lumière la mauvaise coordination entre les secours français et anglais. Elle pointe de graves dysfonctionnements dans le travail du CROSS Gris-Nez, qui dépend de la préfecture maritime de la Manche et la mer du Nord.

Avant de mourir noyés, les passagers du canot ont en effet appelé au secours une quinzaine de fois le CROSS. Mais aucun bateau de sauvetage n'a été envoyé sur les lieux du drame, à la frontière avec les eaux britanniques.

"On savait malheureusement qu’un jour cela arriverait", a confié l’un des membres du CROSS aux enquêteurs. "Ça fait deux ans que nous demandons des moyens supplémentaires", a ajouté l’un de ses collègues. Le CROSS ne disposait que de "deux moyens nautiques et un moyen aérien" au moment des faits, selon leurs dires.

Un constat inquiétant au regard de l’ampleur des tentatives de traversées de la Manche. Depuis le début de l’année, celles-ci ont encore augmenté et battu tous les records, avec 40 000 passages vers le Royaume-Uni selon le ministère de la Défense britannique. 

 

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