La frontière italo-française au niveau de Menton (archives). Crédit : Mehdi Chebil / InfoMigrants
La frontière italo-française au niveau de Menton (archives). Crédit : Mehdi Chebil / InfoMigrants

Contrôle des trains, des ponts de Vintimille, des autoroutes et des axes secondaires... Quelque 500 agents supplémentaires ont été envoyés il y a une semaine sur plus d'une dizaine de points de passages terrestres avec l'Italie pour empêcher les migrants de traverser la frontière vers la France, après les tensions diplomatiques entre les deux pays au sujet de l'accueil des rescapés de l'Ocean Viking.

Les contrôles aux frontières entre la France et l'Italie se sont durcis après la brouille diplomatique entre Paris et Rome sur la répartition des migrants sauvés en mer Méditerranée. Résultat, dès les jours suivants le rejet du navire humanitaire Ocean Viking par l’Italie et le débarquement de ses 284 migrants en France, de longues files d'attente se sont formées, le dimanche 13 novembre, aux postes-frontières du nord de l'Italie avec la France. Et notamment au passage de Vintimille-Menton, a constaté Associated Press (AP).

Le long de la route côtière sinueuse, la police aux frontières française (PAF) a arrêté presque toutes les voitures, obligeant les conducteurs à ouvrir leur coffre, a observé un journaliste de AP.

La France a annoncé l’envoi de 500 agents supplémentaires pour surveiller ses frontières avec son voisin européen. À la suite de cette décision, la police nationale et la gendarmerie, coordonnées par la PAF, se sont affairées sur plus d’une dizaine de points de passage, dont des tronçons de montagne, notamment sur les ponts Saint-Louis et Saint-Ludovic de Menton, des cols utilisés par les migrants comme point d’entrée illégale en France, a rapporté le quotidien italien Il Messagero.

D’autres contrôles ont eu lieu dans les gares où les trains sont fouillés quotidiennement, sur les axes secondaires près de Menton mais aussi à Sospel ou Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes), sur les axes autoroutiers, en particulier l’A8, et aux péages, sorties et aires d’autoroute, d’après la Direction générale de la police nationale (DGPN).

Risques de chutes mortelles et d’accidents sur l’autoroute

Le renforcement de ces contrôles a pour conséquence, explique Il Messagero, de pousser ceux qui tenteraient malgré tout la traversée à prendre encore plus de risques : "certains migrants s'échappent en s'allongeant sur les locomotives au risque d'être électrocutés, d'autres se cachent dans les espaces creux des wagons de chemin de fer, d'autres enfin sautent des camions sur l'A8 pour éviter les contrôles".

Dernier drame en date, le 7 novembre, Ahmed Safi, un jeune Afghan de 19 ans, est décédé sur l’autoroute A 10, près de Vintimille, percuté par deux voitures et un camion alors qu'il tentait de rejoindre la France à pied. Après être descendu d’un poids lourd en marche, le jeune homme a traversé la voie dans un tunnel, où il a été télescopé d’abord par deux voitures, puis traîné sur plus de 500 mètres par un camion, laissant son corps mutilé entre les cabines de péage de la jonction de Vintimille.

D'autres encore grimpent les sentiers de montagne la nuit avec le risque accru de chute mortelle. Il n'est pas rare, enfin, que des passeurs fassent traverser la frontière aux migrants en voiture, puis les laissent à l'entrée de quelque sentier isolé et dangereux à flanc de colline en les invitant à poursuivre à pied.

Quelque 80 migrants en moyenne sont refoulés chaque jour par les autorités françaises à la frontière de Vintimille, avec des variations selon la période de l'année selon Il Messagero.

D’après la chef de la police française Emmanuelle Joubert, depuis le début de l’année 2022, "plus de 28 000 non-admissions d'étrangers en situation irrégulière ont été prononcées dans les Alpes-Maritimes", soit autant de migrants rejetés vers l’Italie. Les personnes à qui la France signifie cette "non-admission" retraversent ensuite à pied la frontière en direction de l’Italie.

>> À (re)lire : Les zones d'ombre d'un local de la Police aux frontières française basé en Italie

Critiquant la position de la France qui s’en ait pris au refus de l’Italie d’accueillir l’Ocean Viking, la Première ministre italienne n’a pas manqué de souligner les actions de la France à la frontière terrestre avec son pays. "Sur les migrants, vous nous critiquez, mais à Vintimille, avec les rejets, vous faites pire", a-t-elle lancé.

L’Italie en première ligne de l’accueil des migrants

Le nouveau gouvernement italien d'extrême droite a promis que l'Italie cesserait d'être le principal port d'entrée des migrants quittant la Libye et réclame depuis son avènement au pouvoir que l'Europe assume davantage de responsabilités. Près de 88 000 exilés sont arrivés en Italie depuis le début de l'année 2022.

Après avoir autorisé trois nouveaux navires humanitaires à débarquer leurs rescapés – non sans mal – dans ses ports, Rome n’a pas donné son accord pour l’accostage de l’Ocean Viking de SOS Méditerranée, qui a fait cap vers la France. Paris a fini par accueillir les 284 passagers du bateau, mais en représailles à la position de l’Italie, le gouvernement français a annoncé qu’il ne respecterait pas son engagement d’accueil de 3 500 migrants relocalisés depuis l’Italie. La décision avait été prise, initialement, dans le cadre d’un mécanisme de solidarité de l'Union européenne approuvé en juin.

>> À (re)lire : Nouveau mécanisme européen de répartition des migrants : qu'est-ce qui change ?

Le gouvernement italien a qualifié la réponse de la France de "disproportionnée" et "agressive". Il a obtenu le soutien d'autres pays méditerranéens accueillant massivement des migrants en provenance de la Méditerranée, comme la Grèce, Malte et Chypre. Les quatre pays ont rédigé le 12 novembre une déclaration commune appelant à un nouveau mécanisme de solidarité obligatoire pour accueillir les migrants.

 

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