Des migrants arrivent sur l'île de Lampedusa, le 28 août 2021. Crédit : ANSA
Des migrants arrivent sur l'île de Lampedusa, le 28 août 2021. Crédit : ANSA

La justice italienne a autorisé lundi le rapatriement en Tunisie de la petite Linda, 4 ans, auprès de sa famille. L'enfant, arrivée seule par accident sur l'île de Lampedusa, a été confiée au délégué général tunisien de la protection de l'enfance, envoyé sur place. L'épilogue d'une bataille judiciaire de plus d'un mois.

Après plus d’un mois de séparation, la petite Linda, 4 ans, va pouvoir retrouver sa famille, après une nouvelle décision de la justice italienne autorisant son retour en Tunisie. La fillette, originaire de la ville de Sayada, à 160 km au sud de Tunis, a été confiée au délégué général de la protection de l’enfance, Mehyar Hammadi, chargé de son rapatriement, indique un communiqué du ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors daté de lundi 21 novembre. Ce dernier avait été envoyé en Sicile le 22 octobre, afin de veiller à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit respecté.


C’est sur cette île, à Palerme, que la fillette a été prise en charge depuis son arrivée. "Linda va bien. Elle vit dans un centre d'accueil pour enfants à Palerme […] Mais elle demande constamment où sont ses parents et quand est-ce qu'elle pourra les retrouver ", avait déclaré début novembre Majdi Karbai, un des trois députés représentant les Tunisiens installés en Italie.

La petite fille était arrivée seule, le 17 octobre, sur l’île de Lampedusa, après avoir traversé la Méditerranée sur un bateau de fortune aux côtés de 70 autres personnes. Selon Majdi Karbai, le jour du départ, le père de Linda tenait sa fille dans ses bras pour embarquer pendant que son épouse se trouvait derrière lui avec leur fille aînée et des bagages. Craignant de se noyer en rejoignant le bateau, la mère de Linda aurait crié, et son mari lui serait venu en aide, a raconté le député à The Guardian. "À un moment donné, le père a dû revenir en arrière pour aider le reste de la famille et a donc assis temporairement Linda sur le bateau", a expliqué le député. "Pendant ce temps, le conducteur a vu les gros phares d'un camion et a pensé que c'était la police, alors il a démarré le moteur et est parti, laissant la famille de Linda derrière lui."

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Le 28 octobre, les autorités italiennes avaient dans un premier temps refusé de renvoyer la petite fille en Tunisie. Le magistrat sicilien en charge de l’affaire réclamait un rapport détaillant les raisons pour lesquelles Linda s'était retrouvée seule sur le bateau. Dans le même temps, le juge d'instruction du tribunal de Monastir, en Tunisie, avait prononcé une interdiction de voyager à l'encontre de ses parents. Ces derniers avaient d’ailleurs été placés en garde à vue après l’arrivée de la fillette : le parquet avait initialement accusé le père "d’association de malfaiteurs pour avoir tenté de quitter le territoire tunisien clandestinement", a expliqué le porte-parole de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli, sur les ondes de Shems FM. Ils ont finalement été relâchés quelques jours plus tard.

Plus de 17 000 Tunisiens arrivés en Italie

Cette famille modeste avait payé 24 000 dinars pour la traversée vers l’Italie. Son salaire de vendeur ambulant de sandwiches ne permettait plus au père de faire vivre la famille. Les parents espéraient également obtenir des soins pour la sœur aînée de Linda, qui souffre de problèmes cardiaques.

Comme la famille de la petite fille, de nombreux Tunisiens, poussés par le manque de perspectives, fuient le pays pour une vie meilleure en Europe. L’île de Lampedusa, à environ 150 km des côtes tunisiennes, en est une des portes d’entrée. Depuis le début de l’année, plus de 17 000 Tunisiens ont débarqué en Italie, soit la deuxième nationalité représentée chez les primo-arrivants derrière l’Égypte. Un chiffre record : en 2021, les autorités italiennes dénombraient 14 342 Tunisiens arrivés sur leurs côtes, et 11 212 en 2020.

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Mais cette voie en pleine mer reste très dangereuse pour les exilés, entassés sur de petits bateaux inadaptés à ce type de traversée. Dans la zone, les naufrages sont nombreux. D’après le dernier rapport du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) publié le 26 octobre, 544 personnes sont décédées ou ont disparu sur cette route depuis le début de l'année, toutes nationalités comprises. Le printemps a été la période la plus meurtrière, avec un pic à 145 décès et disparus au mois d'avril.

 

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