Kajin, caché dans un camion, tient un enfant dans ses bras lors d'une tentative de passage en Angleterre. Crédit : InfoMigrants
Kajin, caché dans un camion, tient un enfant dans ses bras lors d'une tentative de passage en Angleterre. Crédit : InfoMigrants

Un kurde irakien a filmé au mois de mars sa montée clandestine dans un camion en direction de l’Angleterre. Avec l’aide de passeurs, il s’est caché dans le poids-lourd, en compagnie d’une vingtaine de personnes, dont des enfants.

La vidéo tournée à l’intérieur d’un camion en route vers l’Angleterre depuis Calais ne dure que quelques secondes. Mais c’est assez pour ressentir l’angoisse de la vingtaine de migrants qui y est restée cachée pendant des heures à l’insu du chauffeur.

Kajin*, l’auteur de la vidéo, et les trois familles qui l’accompagnent dans ce trajet, n’ont pas réussi à passer la Manche, cette nuit de mars 2017. Le conducteur, finalement alerté par les coups sourds qui résonnent à l’intérieur de son camion, a ouvert les portes. "Nous frappions contre les parois parce qu’on pensait qu’on allait mourir… Nous n’arrivions plus à respirer", explique Kajin. Les remorques de ce genre de véhicule sont quasiment hermétiques.


Le calvaire avait commencé quelques heures plus tôt, quand le groupe de 20 personnes a grimpé discrètement dans le véhicule, stationné non loin de Calais. Les passagers clandestins patienteront 38 heures, en silence, dans l’espace confiné, avant que le chauffeur ne reprenne la route. Trente-huit heures d’oxygène gaspillées.

"Quand le camion a finalement démarré, nous n’avons pu tenir que trois heures. Très vite, on a manqué d’air. On a paniqué", continue Kajin qui estime "qu’on ne peut tenir que 45 heures maximum" avant l'asphyxie. "Le conducteur a fini par nous entendre […] Il y avait trois bébés avec nous, on ne les voit pas sur la vidéo. Deux d’entre eux se portaient bien, mais il y en avait un troisième qui allait assez mal."

Kajin a tenté de passer en Angleterre plus d’une vingtaine de fois avant de réussir - au mois de juillet. "Je suis chanceux, certains essayent des centaines de fois", explique-t-il depuis la ville d’Ipswitch, au nord de Londres, où il réside actuellement. Les échecs sont nombreux, en effet. "On peut nous arrêter à Calais, sur la route, ou encore à Loon plage", non loin du camp humanitaire de Grande-Synthe, à une cinquantaine de kilomètres de la "jungle", où a vécu Kajin. "Parfois ce sont les conducteurs qui nous découvrent à l’intérieur des camions, parfois c’est la police."

"Ils attendent que les conducteurs dorment et nous appellent un par un"

A chaque tentative, les passeurs sont là pour superviser les opérations, précise-t-il. Rares sont les migrants qui tentent seuls de s’introduire à l’intérieur des poids lourds. "[Les trafiquants] viennent nous chercher à la nuit tombée", explique Kajin. "Après, on doit marcher longtemps… Pendant quelques kilomètres, le long de la route."

"Quand on arrive enfin près des camions, les passeurs ouvrent les portes de derrière. Ils attendent que les conducteurs dorment et ils nous appellent un par un. On doit ensuite attendre sans faire de bruit". Une fois les portes refermées, le passage vers le Royaume-Uni est encore loin d’être gagné.

Parfois, les migrants misent sur le mauvais camion. "Sur la tentative de la vidéo, on a attendu 38 h, mais on peut être dans un véhicule qui reste immobile pendant deux jours ! On doit alors sortir de là. Mais les chauffeurs n’entendent pas toujours. Parfois, un passeur peut aider, parfois il faut se débrouiller seul". Parfois aussi, l’issue est fatale. En août 2015, les corps de 70 migrants ont été découverts dans un camion, au bord d’une autoroute en Autriche. Les victimes sont mortes asphyxiées, a déclaré la police autrichienne.

Kajin a envoyé quelques photos prises lors d’une autre tentative de passage infructueuse vers l’Angleterre. On y voit un enfant en bas âge qu’il tient dans ses bras.

Kajin, caché dans un camion. Crédit : InfoMigrants

Kajin, caché dans un camion, tient un enfant en bas âge dans ses bras, lors d'une tentative de passage en Angleterre. Crédit : InfoMigrants

Originaire d’Erbil, au Kurdistan irakien, Kajin a quitté l’Irak en 2015, "pour fuir Daech [l’organisation État islamique (EI)]", explique-t-il. Il n’a aujourd’hui qu’une idée en tête : aller au Canada retrouver une partie de sa famille installée là-bas depuis les années 1990. En attendant de trouver une solution "légale ou illégale" pour traverser l’Atlantique, Kajin reste en Europe. Il a payé les passeurs plus de 10 000 dollars (8 500 euros) pour traverser la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, et l’Allemagne, les Pays-Bas, la France et l’Angleterre.

*Le prénom a été changé


 

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