Paysage de la vallée de la Roya à la frontière franco-italienne. Crédits : Mehdi Chebil
Paysage de la vallée de la Roya à la frontière franco-italienne. Crédits : Mehdi Chebil

La condamnation en appel de l’agriculteur militant Cédric Herrou est un nouveau coup dur pour les défenseurs des droits des migrants dans de la Vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne. Contrôles renforcés, interpellations… depuis plusieurs semaines presque plus aucun migrant n’accède ni ne sort de la zone.

"C’est une véritable souricière". Depuis environ trois semaines, "ça se complique très très fort" pour les migrants qui tentent de rejoindre la France depuis l’Italie, via la vallée de la Roya, nichée dans l’est des Alpes-Maritimes, raconte René Dahon membre de l’association Roya Citoyenne, qui vient en aide aux réfugiés. En cause, selon ses dires : le renforcement de l’appareil militaire et policier dans le secteur, y compris la nuit, et une interruption de la communication entre les militants et les autorités.

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"Il y a de moins en moins de migrants ici, on ne peut plus les aider à poursuivre leur route. Avant, la gendarmerie faisait un lien pour les aider à demander l’asile. Nous on pouvait les transporter, on avait une sorte de protocole, d’accord oral avec eux. Mais le processus est cassé. Maintenant, c’est la chasse à l’homme, y compris pour les mineurs. Il y a énormément de reconductions", explique-t-il à InfoMigrants.

Et l’information commence visiblement à circuler entre les migrants, via téléphone ou Internet, car les passages se raréfient. Sauf que le problème reste entier et il se reporte sur Vintimille en Italie où "la poche des migrants gonfle de jour en jour", rapporte René Dahon.

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"Ils n’ont qu’à me mettre en prison"

La condamnation en appel mardi de Cédric Herrou, figure de proue du mouvement de la Roya, ajoute à cette ambiance délétère. "Nous discutons entre nous pour savoir quoi faire maintenant, mais nous sommes très remontés", assure René Dahon. Un discours de fermeté que l’on retrouve chez Cédric Herrou qui a déjà annoncé son intention de se pourvoir en cassation : "Ils n'ont qu'à me mettre en prison, ce sera plus simple [...] Je continuerai à me battre depuis la prison".

Condamné en première instance à 3000 euros d’amende, Cédric Herrou écope cette fois-ci de quatre mois de prison avec sursis pour aide à l'immigration clandestine. "C'est une peine d'avertissement, si vous êtes à nouveau condamné vous courez le risque que cette peine soit mise à exécution", a prévenu le président du tribunal.

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Silence de la préfecture

René, lui, a déjà écopé d’une amende de 800 euros, ce qui ne l’empêche pas de continuer le combat : "Récemment, j’avais deux mineurs avec moi, mais la police nous a dit : ‘Débrouillez-vous. Si vous les transportez, c’est votre problème’ […] Nous, tout ce qu’on demande c’est que le droit soit appliqué. Ils sont sur le sol français, ils ont le droit de demander l’asile et que leur demande soit examinée."

Jointe par InfoMigrants, la préfecture des Alpes-Maritimes –généralement discrète voire muette sur le sujet- n’a pas encore donné suite ou confirmé la situation décrite par les militants. Elle indique simplement de pas vouloir "prendre part à la foire d’empoigne", préférant "prendre la parole lorsque c’est nécessaire, plutôt que de répondre à chaque attaque".

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carte roya

 

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