Des Ukrainiens fuyant l'invasion russe à la gare de Lviv | Photo : Thomas O'Neill/NurPhoto/picture alliance
Des Ukrainiens fuyant l'invasion russe à la gare de Lviv | Photo : Thomas O'Neill/NurPhoto/picture alliance

L’Union européenne est accusée par de nombreuses ONG de traiter les exilés ukrainiens différemment des réfugiés d’autres pays. Ces critiques sont-elles fondées ?

Depuis que la Russie a envahi l'Ukraine le 24 février dernier, quelque huit millions de réfugiés ukrainiens se sont enregistrés dans les pays de l’Union européenne (UE), qui accorde une protection temporaire aux citoyens ukrainiens. La Pologne a accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens, soit 1,4 millions de personnes. En Allemagne, les autorités ont enregistré l’arrivée d’un peu plus d’un million de personnes.

Des organisations d'aide aux migrants accusent les pays européens de faire une différence de traitement entre les réfugiés ukrainiens et ceux originaires d’autres régions en crise. 

Nous avons voulu vérifier le bien fondé de ces critiques.

Affirmation : les réfugiés ukrainiens sont prioritaires

"Lors du sommet de l'UE sur les réfugiés, la ministre allemande de l'Intérieur Nancy Faeser a raté une occasion de faire évoluer l'approche allemande. Cette politique à deux vitesses et le racisme nuisent à l'Allemagne", a tweeté le député européen vert Kassem Taher Saleh.

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L’UE a ouvert ses frontières aux réfugiés ukrainiens le 4 mars. En appliquant une directive de protection temporaire pour les personnes fuyant la guerre, les réfugiés ukrainiens ont pu entrer dans l’UE sans visa et sans formellement demander l'asile.

En Allemagne, une exemption de visa pendant les 90 premiers jours court encore jusqu’à la fin du mois de novembre. Après cette période de trois mois, les réfugiés ukrainiens doivent s'enregistrer et demander un permis de séjour temporaire. Selon l'Office allemand pour la migration et les réfugiés (BAMF), cette disposition s'applique jusqu'au 28 février 2023.

Les prestations sociales auxquelles les réfugiés ukrainiens peuvent prétendre varient selon le pays d'accueil. En Allemagne, ils sont intégrés dans le système de protection sociale depuis le 1er juin. Ils peuvent bénéficier de l'assurance maladie, chercher du chercher du travail, toucher des allocations chômage, des allocations familiales et cotiser au au système de retraite. Les étudiants ont accès aux bourses d’études.

Par ailleurs, les réfugiés ukrainiens peuvent se rendre en Allemagne en train gratuitement, et la compagnie ferroviaire nationale Deutsche Bahn leur propose de nombreuses réductions pour le transport local.

Le parcours est bien plus compliqué pour les réfugiés fuyant des crises dans d'autres pays comme la Syrie, l'Afghanistan, l'Érythrée ou encore l'Irak. L’obtention d’un permis de séjour peut prendre des mois, voire des années. Ce n’est qu’après avoir été reconnus comme réfugié, qu’ils ont eux aussi accès au système d'aide sociale.

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En Allemagne, plusieurs ONG on ont critiqué cette différence de traitement dans une lettre ouverte adressée à Hubertus Heil, le ministre du Travail et des Affaires sociales.

La commissaire allemande à l’Intégration, Reem Alabali-Radovan, a ainsi promis des réformes. Dans une interview, elle a expliqué que "l’inégalité de traitement des réfugiés me préoccupe depuis des mois. Soyons clairs : avant même la guerre en Ukraine, nous avions décidé que nous voulions apporter des améliorations pour les réfugiés. Celles-ci doivent intervenir rapidement pour que la situation change."

La commissaire allemande à l’Intégration, Reem Alabali-Radovan | Photo : Malte Ossowski/Sven Simon/picture alliance
La commissaire allemande à l’Intégration, Reem Alabali-Radovan | Photo : Malte Ossowski/Sven Simon/picture alliance


Affirmation : les réfugiés non ukrainiens fuyant l'Ukraine font l'objet de discriminations.

"Le racisme est un thème commun à toutes les personnes que j'interroge", a posté sur Twitter le reporter américain Terrell Jermaine Starr, en présentant un activiste nigérian en Pologne qui a soutenu des centaines de réfugiés noirs d’Ukraine 

>> Fact-checking : c’est en partie vrai

Dans les premiers jours de guerre, les réfugiés qui n'étaient pas considérés comme "blancs" ont signalé des cas de discrimination à divers médias, dont la BBC. 

En mars, Amnesty International a observé la situation sur le terrain et a constaté que les réfugiés fuyant l'Ukraine et n’ayant pas de passeport ukrainien étaient victimes de discrimination tant en Ukraine que dans les pays d'accueil. 

Cette différence de traitement a notamment concerné les personnes non blanches. Les témoignages recueillis par l’ONG parlent de comportements discriminatoires au moment de monter dans les trains et les bus, ainsi qu’aux postes de contrôle des frontières. D’autres rapportent des agressions physiques et verbales de la part des forces de l’ordre ukrainiennes.

En Ukraine, poursuit le rapport, des étudiants originaires du Pakistan, du Moyen-Orient et d'Afrique ont été empêchés de monter dans des trains afin de quitter le pays.

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Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’est penché sur ces allégations et est parvenu à des conclusions légèrement différentes. Le porte-parole Chris Melzer a assuré que personne n’a été refoulé par les garde-frontières polonais. "Ils ont au contraire offert une protection à toutes les personnes. À ma connaissance, les réfugiés avaient le choix de quitter la Pologne dans un délai de 16 jours ou de faire une demande d'asile officielle", précise le porte-parole. 

Les étudiants Xavier et Ikem ont fui l’Ukraine | Photo : Loveday Wright/DW
Les étudiants Xavier et Ikem ont fui l’Ukraine | Photo : Loveday Wright/DW


S'il est vrai que des réfugiés ne possédant pas de passeport ukrainien ont été retenus plus longtemps à la frontière polonaise, il ne s'agirait que de personnes ne disposant d’aucun document confirmant leur identité.

Selon le BAMF, les ressortissants non ukrainiens qui ont fui la guerre pour se rendre en Allemagne continuent à être traités de la même manière que les Ukrainiens, à condition d’avoir été reconnus comme réfugiés avant le début du conflit, ou s’ils disposaient d’un permis de séjour en Ukraine et ne sont pas être en mesure de retourner en sécurité dans leur pays d'origine. Selon l'association Migration Media Service, cette réglementation a concerné environ 34 000 personnes.

Néanmoins, des ONG assurent que des personnes ne possédant qu’un permis de séjour temporaire en Ukraine lorsqu'elles ont fui vers l'Allemagne ont vu leur dossier traité différemment par les autorités. 

En résumé, les rapports des victimes suggèrent qu'au moins certains non Ukrainiens ont été victimes de discrimination alors qu'ils fuyaient la guerre. Mais il est difficile de prouver une discrimination institutionnalisée. Enfin, les autorités, y compris les institutions allemandes, traitent les réfugiés non ukrainiens différemment lorsqu'ils ne remplissent pas certaines conditions.


Cet article a été rédigé en collaboration avec la rédaction de vérification de l’information de la Deutsche Welle.

 

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