Chamseddine devant une tombe. Crédit : InfoMigrants
Chamseddine devant une tombe. Crédit : InfoMigrants

Depuis 12 ans, Chamseddine Marzoug se consacre entièrement à une mission à laquelle rien ne l’avait préparé : enterrer les corps des migrants naufragés recrachés par la mer Méditerranée sur la côte sud-est de la Tunisie.

Un jour, il a trouvé les cadavres de trois migrants échoués sur la plage. Ne pouvant rester les bras croisés face à cette tragédie, Chamseddine Marzoug, un ancien pécheur de 51 ans, s’est fait croque-mort. Pour rendre un semblant de dignité posthume à ces hommes, femmes et enfants qui espéraient rejoindre l’Europe, il a enterré leurs corps du côté de Zarzis, non loin de la frontière libyenne.

Aujourd’hui, il est volontaire au Croissant-Rouge tunisien et continue d’enterrer les corps des migrants morts que les gardes côtés repêchent en mer et lui ramènent. Chamseddine les transporte à bord de la Peugeot Partner que le président du Croissant-rouge à Zarzis a mis à sa disposition.

>> Pour les proches des migrants tunisiens morts en mer, le calvaire du rapatriement des corps 

Faute de mieux, c’est dans un terrain vague - qui fut une ancienne décharge publique - à 80 km de Zarzis, qu’il enfouit les corps de ces migrants "sans faire de distinction de religion, de nationalité ou d’origine ethnique", insiste-t-il. Chamseddine est familier des souffrances endurées par ces migrants qui ont dû fuir leur pays et ont tenté la traversée. "Le moins que l’on puisse faire est leur donner un peu de la considération qu’ils méritent", déclare-t-il à InfoMigrants.

La violence de certaines scènes ne cessent de le hanter, comme cette vision d’une mère syrienne et de son enfant de trois ans retrouvés morts. "La mère serrait encore l’enfant dans ses bras" a-t-il confié à InfoMigrants.

En moins de trois jours, il a mis 53 migrants en terre

Pourtant, il continue à enterrer ces corps, inlassablement. Il n’est pas entièrement seul. Des policiers l’aident à transporter les corps depuis la voiture jusqu’aux trous qu’un engin a creusés dans la terre. C’est un travail, par moment, sans répit. A l’été 2015, en moins de trois jours, il a mis en terre 53 migrants syriens naufragés en mer. Le mois dernier, il se souvient avoir enterré 30 corps. Le cimetière déborde. Il n’y a plus de places. Aussi, Chamseddine s’en remet-il aux bonnes volontés, initiatives personnelles et institutionnelles. Il cherche un autre lopin de terre où improviser un cimetière. 

La municipalité lui a déjà offert un terrain. Il en espère un autre. Pour les terrains privés, il lui faut l’accord des familles, indispensable pour y enterrer un étranger. Il espère aussi être mieux équipé pour transporter les corps. La voiture ne suffit plus. Il lui faudrait un véritable corbillard.

Chamseddine est, plus que quiconque, conscient des dangers des traversées en mer. Il les raconte à qui veut l’entendre. Cela n’a pas suffi à dissuader son fils aîné qui a décidé de rejoindre l’Europe illégalement. Son père n'a pas eu à l’enterrer. Il a réussi sa traversée et vit maintenant en France.

 

Et aussi