Un manifestant tient une pancarte lors d'un rassemblement en soutien à la contestation en Iran, le 27 novembre 2022. Crédit : InfoMigrants.
Un manifestant tient une pancarte lors d'un rassemblement en soutien à la contestation en Iran, le 27 novembre 2022. Crédit : InfoMigrants.

Iraniens, Afghans, Syriens et Ukrainiens, exilés depuis peu ou membres de la diaspora, se sont rassemblés à Paris, dimanche 27 novembre, pour une manifestation de solidarité à la contestation en Iran et en faveur des droits des femmes.

“Liberté, liberté, liberté !” : le slogan résonne dans les rues de Paris, colorées de drapeaux iraniens, afghans, ukrainiens et français. Un panneau “Jin, Jiyan, Azadî” (“Femme, Vie, Liberté”, slogan de la contestation iranienne, en Kurde) à la main, Gila Mohannadi étouffe un sanglot lorsqu’elle évoque la situation en Iran, son pays d’origine. “Je n’ai pas raté une seule manifestation. Je suis gravement malade mais ça ne m’a pas empêchée d’être là à chaque fois”, dit-elle fièrement : “Je ne peux pas vivre normalement quand on sait que des enfants sont assassinés là-bas.”

Ce dimanche 27 novembre, la chauffeure de taxi de 57 ans a revêtu, “symboliquement”, une longue robe traditionnelle Kurde, couverte de paillettes étincelantes. En hommage à sa région natale, qu'elle a quittée à l’âge de 20 ans, aujourd’hui violemment réprimée par le régime iranien. Dans la foule de manifestants, l’hymne national ukrainien succède aux chants persans : le collectif “Femme Vie Liberté”, organisateur de l’événement en soutien à la contestation en Iran, a également invité l’Union des Ukrainiens de France, l’association afghane Enfants d’Afghanistan et d’ailleurs et l’association syrienne Al Bayt.

“Les actes terroristes perpétrés par la République islamique ont fait beaucoup de victimes en Iran, en Syrie, en Ukraine. L’Iran a vendu des drones pour bombarder les villes ukrainiennes. C’est pourquoi nous les avons invités : ils sont tous victimes de la politique injuste de la République islamique d’Iran. La solidarité entre les peuples est très importante”, explique la militante et artiste d’origine afghane Shakiba Dawod, l’une des organisatrices de la manifestation. Au premier plan, la question des droits des femmes, trois jours après la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre.


Être “la voix” des populations opprimées

À bout de bras, Rahman Akbari tient une pancarte affichant les visages de 14 victimes d’un attentat perpétré le 14 septembre dernier contre un centre éducatif pour filles de la minorité Hazara, à Kaboul. “Nous sommes là pour manifester et être leur voix, dire au monde que les Taliban continuent de tuer le peuple Hazara, déclare-t-il. Le jeune Afghan manifeste avec son épouse américaine, Jale Akbari, 33 ans : ils se sont rencontrés il y a huit ans, alors qu’ils étaient tous deux bénévoles dans une association d’aide aux exilés à Paris. Lui attendait alors la réponse de sa demande d’asile, après avoir fui la province de Deykandi, au centre de l’Afghanistan. 

“Je suis ici pour soutenir le peuple Hazara, mais aussi la cause des femmes dans le monde : j'espère que les droits des femmes vont progresser en Iran, en Afghanistan, en Ukraine, en Syrie, qu'elles auront plus de liberté, d'égalité et le droit à la vie”, renchérit Jale Akbari.


Même discours dans le défilé où des membres de la diaspora, exilés depuis des dizaines d’années, se mêlent aux réfugiés plus récemment arrivés. Alors que la manifestation rallie le monument du Panthéon, des militants et artistes afghans soulèvent une statue animée d’un oiseau géant bariolé. Il représente le Simorgh, oiseau de la mythologie perse, symbole de la liberté. Sous un grand drapeau iranien, Mona Ameri Roux est tout sourire, heureuse de voir “des Syriens et des Afghans” rejoindre cette “marche pour la liberté”. “Ça fait un an et demi que j’ai fui l’Iran, parce que j’étais menacée de mort là-bas”, dit-elle. “Les femmes n’ont pas de liberté, les jeunes n’ont pas de liberté.”

John Rasouli, lui aussi afghan de l’ethnie Hazara et réfugié en France depuis deux ans, ressent comme beaucoup d’autres exilés rassemblés une responsabilité : “Les personnes réfugiées en France doivent manifester, pour dire au monde d’aider le peuple en Afghanistan”.

 

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