Les migrants en provenance de Libye ont été accueillis à l'aéroport de Rome Fumicino, mercredi 30 novembre 2022. Crédit : Ministère de l'Intérieur/Twitter
Les migrants en provenance de Libye ont été accueillis à l'aéroport de Rome Fumicino, mercredi 30 novembre 2022. Crédit : Ministère de l'Intérieur/Twitter

Cent-quatorze exilés en provenance de Libye ont atterri, mercredi 30 novembre, à l'aéroport de Rome en Italie. Ce transfert a été rendu possible grâce à un corridor humanitaire, aménagé par des associations chrétiennes du pays en collaboration avec les autorités italiennes.

Ils sont désormais loin de "l’enfer" libyen. Mercredi 30 novembre, 114 migrants en provenance de ce pays ont été accueillis en Italie dans le cadre d'un couloir humanitaire organisé par des organisations caritatives chrétiennes, en collaboration avec les autorités italiennes. Tous ont atterri à l’aéroport de Rome Fumicino, deux semaines après le refus du gouvernement italien d’accueillir les rescapés de l’Ocean Viking.

"L'Italie a une longue tradition d'hospitalité. C'est le seul pays qui a activé des corridors humanitaires. Aujourd'hui, l'arrivée de 114 migrants en provenance de Libye est la meilleure réponse que l'on puisse faire aux trafiquants d'êtres humains et à l'immigration clandestine", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani présent à l'aéroport, qui plaide pour "des voies légales d’immigration". "Nous disons non aux passeurs et oui à une voie de migration régulière qui mène à l'intégration. C'est l'action que nous voulons mener sur le continent africain et au Moyen-Orient pour vaincre les guerres, la famine et le terrorisme".

"Nous les aiderons à s'intégrer, en garantissant aux enfants un niveau d'éducation adéquat pour être des leaders ici ou dans leur pays d'origine s'ils veulent y retourner", a ajouté le chef de la diplomatie italienne, en présence du ministère de l’Intérieur Matteo Piantedosi.


"C'est un honneur pour notre pays de vous accueillir et de travailler à votre intégration, a réagi pour sa part Marco Impagliazzo, le président de la communauté de Sant’Egidio, parmi les organisateurs du projet. C'est une fête pour vous et pour toute l'Italie".

Ce corridor humanitaire est un projet porté et financé par des organisations protestantes et catholiques. Son but : aider les personnes fuyant les conflits et leur offrir une chance de reconstruire leur vie en Italie. Selon la Communauté de Sant'Egidio, plus de 5 000 demandeurs d'asile de Libye, du Liban et du Pakistan sont arrivés en Italie depuis le lancement de ces couloirs en 2016.

Un chiffre minime au regard du nombre de personnes arrivées dans le pays par la mer cette année. Depuis le 1er janvier, près de 95 000 migrants – égyptiens, tunisiens, bangladais, afghans et subsahariens - ont débarqué sur les côtes italiennes.

"Il y avait toujours des décès"

Si la Libye est traditionnellement un pays d’immigration pour les migrants subsahariens en quête de travail, depuis quelques années, il s’est révélé aussi comme un territoire où s’appliquent violences et exactions en tout genre. InfoMigrants recueille régulièrement des témoignages d’exilés décrivant l’horreur du sort qui leur est réservé. Kidnappings, viols, extorsions, tortures… sont monnaie courante. Maïmouna, une exilée ivoirienne passée par le pays, a raconté avoir été obligée d’assister, lors de ses différents séjours en centre de détention, des femmes migrantes lors de leur accouchement en cellule. "Je faisais ce que je pouvais, car certaines n’y survivaient pas. Il y avait toujours des décès".

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Régulièrement, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) extirpe les exilés de Libye, via des vols humanitaires à destination de l’Italie ou des vols de transit d’urgence, qui transfèrent les migrants au Niger et au Rwanda.

Des mécanismes salutaires, mais largement insuffisants, selon Médecins sans frontières (MSF). En 2021, sur 40 000 inscrits, seulement 1 662 personnes ont pu quitter la Libye via les mécanismes de réinstallation du HCR. Dans un rapport publié en juin, intitulé "Out of Libya", l’ONG exhorte "à accélérer de toute urgence l’évacuation des personnes les plus vulnérables qui vivent dans des conditions inhumaines dans le pays", à travers "le renforcement des mécanismes existants et l’ouverture de voies de sortie alternatives" vers les pays européens et nord-américains notamment.

D’après le rapport, "les rares voies de sortie légale vers des pays sûrs, mises en place par le HCR et l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) sont très lentes et restrictives. En effet, seules les personnes de neuf nationalités sont prises en compte pour l’enregistrement auprès du HCR, l’accès à ce service est quasiment inexistant en dehors de Tripoli et dans les centres de détention et le nombre de places dans les pays de destination est très limité".

Le HCR et l'OIM proposent différents mécanismes d'évacuation depuis la Libye.
Le HCR et l'OIM proposent différents mécanismes d'évacuation depuis la Libye.


En juin dernier, désespéré après de multiples allers-retours en détention et l'impossibilité de quitter la Libye, Mohamed Abdulaziz, un Soudanais de 19 ans, s’est pendu à un poteau de la prison d’Aïn Zara. "Il ne nous avait pas prévenu qu'il ferait un tel geste, même s'il avait confié être 'fatigué de cette vie', avait raconté à InfoMigrants Ajabana, un de ses anciens compagnons de cellule. La veille de sa mort, il s'était procuré des dattes et les avait partagées avec tout le monde".

 

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