Les migrants de Calais commencent à arriver dans les CAES ouverts par le gouvernement dans le Nord. Crédit : Reuters
Les migrants de Calais commencent à arriver dans les CAES ouverts par le gouvernement dans le Nord. Crédit : Reuters

Promis par le gouvernement français et ouverts cette semaine, les deux centres d’accueil (CAES) situés dans le nord de la France pour héberger les migrants de Calais et les aider dans leurs démarches administratives, ont accueilli leurs premiers arrivants.

Le gouvernement, contraint par l'engagement présidentiel de ne plus avoir de migrants "dans les rues", a donc tenu sa parole : il a ouvert cette semaine deux centres d'accueil dans les Hauts-de-France, à Bailleul et à Troisvaux, pour essayer de faire baisser la pression migratoire à Calais.

"C'est beaucoup mieux que rien", confirme Baiham, un Irakien de 36 ans, qui vient de rejoindre le centre de Bailleul, un ancien hôtel Formule 1, cerné par l'autoroute vers Dunkerque et une zone industrielle. Les jours précédents, il survivait à Calais avec sa femme et son fils de 13 ans dans des "conditions inhumaines", selon le Conseil d'État. Pendant plusieurs semaines, ils ont essayé de d'atteindre l'Angleterre : "On a essayé de passer, par bateau, via les camions, mais ça nous a coûté trop d'argent", raconte-t-il à l’AFP. Aujourd’hui, sa famille préfère demander l’asile en France.

Les deux centres disposent à eux deux de 300 places. Pour l'heure, Bailleul et Troisvaux ont déjà accueilli une quarantaine de personnes chacun. Baptisés CAES (centres d’accueil et d’examen des situations), ces lieux ont pour mission d’apporter un hébergement temporaire et d’examiner sur place "les situations administratives des personnes prises en charge" afin de les "orienter vers une solution adaptée à leur situation".  

En clair, les migrants qui souhaitent demander l’asile en France pourront le faire depuis ces lieux de repos : l’OFII, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, tient une permanence dans les deux centres, ce qui rend possible l’enregistrement direct des demandes d’asile.

Les demandeurs d’asile seront ensuite dirigés vers les Cada (centres d'accueil pour demandeurs d’asile), les autres, comme les migrants "dublinés", seront probablement assignés à résidence le temps de les renvoyer dans le premier pays d’entrée de l’Union européenne (en vertu des accords de Dublin), et les migrants "économiques", comme les nomme le gouvernement, seront dirigés vers des centres de rétention administratives - certains pourraient aussi bénéficier d’un "accompagnement au processus de retour dans le pays d'origine".

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Dans le petit hall du bâtiment de Bailleul, un lieu de convivialité est improvisé. Baiham, Aram et d'autres familles kurdes discutent. Un jeune homme, Ari, 30 ans, y raconte son histoire : "Ma femme et moi avons quitté l'Irak pour l'Allemagne il y a deux ans et demi. Après deux ans d'attente, on nous a refusé l'asile car on n'a pas cru qu'on courait un danger dans notre pays. Du coup, on est venus à Calais et Dunkerque, et on a essayé de passer en Angleterre. On a même passé trois jours en prison. Mais hier [mercredi], l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration, ndlr) nous a proposé cet endroit".

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Les deux centres n’ont vocation à accueillir les migrants que huit jours. Selon le ministre Gérard Collomb, les CAES permettront d'éviter de recréer un "point de fixation" dans le secteur de l’ancienne jungle calaisienne. "L’orientation vers ces centres se fera par le biais des maraudes sans inscription préalable à effectuer", a précisé le service de communication du ministère.