Des migrants aux abords de l'ancienne "jungle" de Calais, en 2016. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants aux abords de l'ancienne "jungle" de Calais, en 2016. Crédit : Mehdi Chebil

Depuis le début de la semaine, des rixes entre migrants se multiplient dans la région de Calais. Dans la nuit de lundi à mardi, près de 200 personnes ont été impliquées dans des violences. Rien d’étonnant, selon l’Auberge des migrants, qui accuse les autorités d’acculer les migrants dans une précarité extrême.

En moins de 5 jours, plusieurs rixes ont éclaté à Calais. De 23h à 06h du matin, lundi 21 août, des bagarres ont été localisées à quatre endroits différents près de l'autoroute A16 et de la rocade portuaire. Elles opposaient Afghans et Érythréens par petits groupes, certains armés de barres de fer ou de bâtons, a rapporté un communiqué de la préfecture. Des dizaines de migrants ont été blessées.

Le lendemain, après un court moment d'accalmie, les violences ont repris. Elles ont impliqué 150 migrants près de l’antenne du Secours catholique à Calais faisant trois blessés, et près de l’autoroute A16, faisant deux blessés. Vingt personnes ont été placées en rétention administrative et sept autres en garde à vue, selon la préfecture.

Selon Christian Salomé, président de l’association Auberge des migrants, les tensions sont exacerbées par l’extrême précarité dans laquelle vivent les migrants. "Ces personnes n’ont absolument aucun abri pour dormir. Ils dorment à la belle étoile. La police détruit systématiquement les tentes, les cabanes…", explique-t-il à InfoMigrants. Et surtout, ils dorment peu : moins de 4h par nuit, selon une étude publiée par l'association. "Alors forcément, ils sont à cran. Et comme ils ne peuvent pas retourner leur frustration contre la police, ils la retournent contre eux et la violence explose".

Froid, manque de sommeil et pression policière

Pour ne rien arranger à ce contexte délétère, la température avoisine les 15 degrés la nuit à Calais. "Les migrants s'endorment avec les vêtements qu’ils ont sur le dos", précise Christian Salomé. "Aujourd’hui, les autorités ne confisquent pas seulement les couvertures, elles les aspergent aussi de gaz lacrymo pour empêcher les gens de s’établir dans un endroit et de reconstituer des campements". 

L'Auberge des migrants estime que les migrants sont environ 400 à Grande-Synthe, et 700 à Calais. "C’est difficile de les recenser, il n’y a plus de ‘jungle’. Avant, ils étaient tous au même endroit. Aujourd’hui, ils dorment le long de l’autoroute, dans des fossés, des champs…", ajoute le président de l'association.

La ‘jungle’ permettait – malgré la vétusté des lieux - de contenir la violence. "Les gens cohabitaient, ils se connaissaient. Ils dormaient au même endroit. Et quand on se connaît, on ne se bat pas", conclut Christian Salomé. 

 

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