RFI/Benjamin Delille | Tarifa, à la pointe sud de l’Espagne.
RFI/Benjamin Delille | Tarifa, à la pointe sud de l’Espagne.

L'afflux migratoire en Espagne connaît un regain depuis cet été. Ils sont plus de 9 000 migrants à être entrés sur le territoire espagnol en 2017, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), un chiffre qui dépasse largement celui des années précédentes à la même période. Pour accueillir les migrants en situation irrégulière, l'Espagne a mis en place, depuis plusieurs années, des centres d'internement d'étrangers, les CIES. Mais pour beaucoup d'ONG, il s'agit plus de prisons que de centres d'accueil. Reportage à Tarifa, à la pointe sud de l'Espagne.

Avec notre envoyé spécial à Tarifa, Benjamin Delille

Roger est Camerounais. Quand il pense à son voyage jusqu'au Maroc, ses deux ans d'attente sur place, sa traversée du détroit, il garde un sourire un peu crispé, comme pour oublier le stress. Mais dès qu'il parle du centre dans lequel il fut interné à Tarifa, son sourire disparaît. « C'est un calvaire, c'est l'enfer, en fait. Moi, je n’avais jamais fait de prison, c'était ma première fois. C'était comme Guantanamo où vous devez être en rang. C'est une prison, pas un centre d'accueil. Et puis il y a des moments même où, là où il n'y a pas de caméras, les gars vous emmènent dans un angle et puis on vous... On vous cogne, hein ! », raconte-t-il.

« Le traitement humanitaire est le plus adapté possible »

Chaque migrant adulte en situation irrégulière doit rester soixante jours dans ces centres. Agustín Muñoz représente le gouvernement espagnol dans la province de Cadix. Pour lui, ces centres sont indispensables pour s'occuper des migrants. Il a du mal à croire ce que décrit Roger. « Certes on peut toujours mieux faire mais je vous assure que le traitement humanitaire que reçoivent ces personnes, par les services sociaux, mais aussi par la police, est le plus adapté possible », assure-t-il.

Au bout des soixante jours, les migrants sont censés être expulsés. Mais dans la pratique la majorité d'entre eux se retrouvent dans les rues espagnoles, abandonnés.

J’ai quitté le Cameroun parce que ça n’allait pas: Boko Haram et la politique en place. […] Je suis arrivé au Maroc, j’ai fait pratiquement deux ans. […] Le 26 décembre 2016, on organise tout, entre les amis, les copains, d’autres nationalités, […] on le met dans l’eau, on essaie de partir, et puis c’est tout. […] J’ai accosté à une petite plage de Tarifa. On a pris le temps de rendre grâce à Dieu, de finir avec la souffrance du Maroc, de l’Afrique. Certes la souffrance continue mais on a atteint, en fait, l’objectif principal de tout immigré quand il quitte son pays


Texte initialement publié sur : RFI

 

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