Le col Brenner ou la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Crédit : Reuters
Le col Brenner ou la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Crédit : Reuters

En Autriche, 70 soldats sont prêts à être déployés au col du Brenner à la recherche de migrants qui tenteraient de quitter l'Italie. La Bulgarie, qui compte 260 kilomètres de frontière terrestre avec la Turquie, est elle disposée à envoyer 600 soldats pour bloquer tout flux migratoire illégal. Ces dispositions sont-elles légales, mais aussi morales ?

L'Autriche fait partie de l'espace Schengen, un espace où les frontières intérieures de l'Europe ont disparu. Mais rétablir des contrôles est autorisé, explique Yves Pascouau, chercheur associé à l'institut Jacques Delors : "Ce n'est pas une dérogation ni une remise en cause de Schengen. C'est au contraire la mise en œuvre des dispositions qui figurent dans le Code frontières Schengen et qui permettent, dans certaines circonstances, aux États membres de rétablir temporairement et pour des raisons d'ordre public le contrôle aux frontières intérieures."

"Nous devons réagir aux nouveaux développements des trafics illicites dans et à travers notre pays", a ainsi déclaré le ministre-président du Tyrol, au sud-ouest de l'Autriche.

Un camp dacceuil de migrants en Bulgarie

Risque de stigmatisation

En Bulgarie, les autorités de Sofia ont dit vouloir envoyer des centaines de soldats pour empêcher les passages de migrants qui tentent d'entrer dans l'Union européenne. Même si cette mesure est autorisée - la Bulgarie, dans le cadre de Schengen, doit surveiller les limites extérieures de l'Union européenne - la militarisation des frontières inquiète Yves Pascouau. Car selon le chercheur, le migrant devient un ennemi : "L'emploi de dispositifs de défense de type militaire laisse à penser que finalement, une personne qui franchit une frontière pour pouvoir bénéficier par exemple d'une protection internationale de l'espace européen n'est plus une personne qui doit bénéficier d'une protection, mais est une personne qui peut menacer la sécurité et l'ordre public européen."

Disproportionné et inacceptable

L'utilisation de militaires a aussi choqué l'eurodéputée néerlandaise Sophie in't Veld.

La membre de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures au Parlement européen accuse les États membres de ne rien faire pour aider les migrants : "C'est complètement disproportionné, inacceptable. Mais il n'y a vraiment aucune raison pour laquelle le continent le plus développé au monde ne serait pas capable de recevoir les migrants. Le seul problème c'est que les gouvernements nationaux s'obstinent complètement, ils bloquent tout. Il y a une politique d'asile officielle qui existe et les gouvernements nationaux refusent carrément de l'exécuter."

L'élue européenne plaide pour davantage de moyens légaux pour réglementer la migration. La Carte bleue européenne par exemple permettrait aux candidats à l'émigration de vivre et travailler en toute légalité dans l'Union européenne.

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