Image d'archive de migrants dans la Roya, en avril 2017. Crédit : Mehdi Chebil
Image d'archive de migrants dans la Roya, en avril 2017. Crédit : Mehdi Chebil

Georges Gumpel est un ancien enfant caché pendant la Seconde guerre mondiale. La semaine dernière, avec cinq collègues de l’Union juive française pour la paix, il a conduit depuis la Roya vers Nice une quinzaine de migrants qui souhaitaient déposer leurs demandes d’asile en France. Une manière symbolique de dénoncer la politique menée contre les migrants.

La semaine dernière, six membres de l’Union juive française pour la paix (UJFP) ont conduit une quinzaine de migrants tchadiens et soudanais depuis la vallée de la Roya jusqu’à Nice -pour les majeurs- puis Marseille pour les mineurs. Ces derniers attendaient depuis plusieurs jours chez le célèbre agriculteur Cédric Herrou de pouvoir déposer leur demande d’asile. Une action hautement symbolique : tous les conducteurs de voiture sont d’anciens enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale. Parmi eux, Georges Gumpel, qui a répondu aux questions d’InfoMigrants.

  • Pourquoi avez-vous décidé d'accompagner des migrants à bord de votre voiture ?

Nous avons voulu nous rendre dans la Roya pour montrer notre solidarité avec les citoyens qui viennent en aide aux migrants et réaffirmer que la solidarité n’est pas un délit. Quand les habitants de la région accompagnent les migrants pour déposer leur demande d’asile à Nice, ces derniers sont constamment arrêtés et les exilés sont renvoyés à la frontière italienne, de manière totalement illégale. Nous nous sommes alors dit : ‘ce que les militants de la Roya citoyenne ne peuvent plus faire, nous on le fera’.

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On a donc pris la route vers Nice puis Marseille avec une quinzaine de migrants originaire du Soudan et du Tchad. Sur nos voitures, nous avions accroché des panneaux racontant notre histoire personnelle. Sur celle que je conduisais était par exemple inscrit : ‘Véhicule piloté par Georges, enfant juif caché 1943 – 1944, fils d’Alfred Gumpel, déporté mort pour la France (…). Non, la solidarité n’est pas un délit !'.

  • Comment s’est déroulé le trajet ?

Nous sommes partis à 8h du matin de la gendarmerie de Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, avec les migrants. Ils étaient tous munis d’un papier officiel stipulant qu’ils allaient déposer une demande d’asile à Nice. Nos trois voitures ont été arrêtées à Sospel pour un contrôle d’identité. Une fois la vérification faite, nous sommes repartis jusqu’à Nice et Marseille sans encombre.

Je ne sais pas si notre présence a changé quelque chose mais si nous avions été arrêtés comme cela arrive souvent à Cédric Herrou par exemple, il aurait fallu que la police assume de mettre en garde à vue d’anciens enfants juifs cachés pendant la guerre. Ce que j’essaye de vous expliquer c’est qu’il y a une sorte de barrière symbolique envers nous : la police ne peut pas nous interpeller alors qu’on vient en aide aux personnes persécutées. Car c’est exactement la même histoire que la nôtre !

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  • C’était important pour vous symboliquement de transporter ces migrants ?

C’est une action symbolique forte car, selon moi, l’Histoire se répète sous des formes différentes : les victimes et les méthodes changent mais le résultat est le même. Le refus des juifs dans les années 40 est identique à celui que connaissent les migrants en ce moment. On les parque, on organise des rafles et on juge de simples citoyens qui leur viennent en aide. Comment ce qui était juste et honorable hier, est aujourd’hui criminel ? On ne peut pas organiser des cérémonies officielles pour honorer les Justes et arrêter ceux qui portent assistance aux migrants. C’est de l’hypocrisie !

Dans quelques années, l’Histoire retiendra qu’il était juste et nécessaire que des citoyens se lèvent contre la politique menée envers les migrants. On a une société civile jeune et altruiste et on les criminalise. Ça me dépasse. Je demande à la société et à nos politiques de prendre conscience de l’Histoire et de ne pas reproduire les mêmes erreurs !

 

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