Des dizaines de migrants ont été dispersés du centre de Rome par la police. Crédit : Ansa
Des dizaines de migrants ont été dispersés du centre de Rome par la police. Crédit : Ansa

La tension monte d’un cran en Italie où depuis plusieurs semaines, les autorités multiplient les expulsions de réfugiés qui logent illégalement dans des immeubles désaffectés.

Dernière évacuation en date, le 19 août dernier, quand 800 personnes ont été chassées à l’aube du bâtiment qu’ils occupaient dans le centre de la capitale italienne, Rome. La plupart des habitants sont arrivés d’Érythrée ou d’Ethiopie il y a cinq, dix ou quinze ans, et possèdent tous leur statut de réfugié. La police ne leur a laissé que 15 minutes pour faire leurs valises. "J’ai tout laissé derrière moi", se désole d’ailleurs une Érythréenne de 30 ans, citée par l’AFP sous couvert d’anonymat.

>> À lire sur InfoMigrants : Italie : un ministre de l’Intérieur qui préfère les migrants en Libye que dans les ports italiens 

Jeudi 24 août, la situation a dégénéré quand la police a délogé à coups de canon à eau et de matraques les dizaines de réfugiés qui étaient restés camper sur place. Ces derniers ont répliqué en jetant des bonbonnes de gaz et des pierres. Dans une vidéo, on aperçoit un responsable de la police lancer : "ceux-là doivent disparaître, tant pis pour eux. S’ils jettent quelque chose, cassez-leur un bras". Des images qui ont choqué de nombreux Italiens.

Quelques semaines plus tôt, plusieurs dizaines de personnes ont, elles aussi, été expulsées d’un immeuble près des studios de Cinecittà, dans la capitale. Sans solution d’hébergement, ils n’ont eu d’autres choix que de camper dans l’entrée d’une église face à la préfecture de Rome.

La capitale compte encore de nombreux bâtiments publics ou privés illégalement occupés et les évacuations risquent de s’amplifier.

"Avec une meilleure politique, on peut y arriver"

"L’Italie est dans une telle situation car rien n’a été fait depuis des années. Avec une meilleure politique, on peut y arriver", assure Cécile Kyenge, député européenne italienne. L’ancienne Ministre de l’Intégration plaide pour un programme d’intégration et d’accompagnement de sortie de ces immeubles.

>> À lire sur InfoMigrants : L'Italie mise sur la Libye pour contrôler l'afflux des réfugiés sur son sol 

Cécile Kyenge propose aussi de désengorger les grandes villes. "On ne peut pas regrouper tout le monde dans un même lieu, il faut les répartir sur tout le territoire". Or, comme dans d’autres États européens, certaines communes ne jouent pas le jeu et refusent catégoriquement d’accueillir des réfugiés. "Alors, il faut mettre en place un système de sanctions", s’agace-t-elle.

"Crise des politiques"

Depuis le début de la crise migratoire, l’Italie est en première ligne. En trois ans, le pays a enregistré plus de 350 000 demandes d’asile. Le gouvernement se dit, depuis un moment, submergé par ces arrivées massives et réclame régulièrement l’aide des pays européens. Mais ces derniers peinent à trouver des solutions. "Il faut une politique européenne commune", insiste Cécile Kyenge. "On ne peut pas rester sur la responsabilité des pays frontaliers".

>> À lire sur InfoMigrants : Les Italiens se disent "envahis par les migrants illégaux" 

L’ancienne ministre s’inquiète également des conséquences de l’absence de politique qui favorise la montée du racisme. "On est face à trois crises : économique, sécuritaire et humanitaire. À chaque fois, on nous répète que tout est de la faute des migrants : si on est chômage, c’est parce qu’ils nous prennent notre travail. S’il y a des attentats c’est à cause des migrants… Nous ne sommes pas face à une crise migratoire, mais face à une crise des politiques", conclut Cécile Kyenge. Un point de vue que partagent surement les centaines de manifestants qui défilaient samedi dans les rues de Rome pour réclamer la fin des expulsions.

 

Et aussi