Reuters/Stefano Rellandini | Des centaines de migrants tentent la traversée de la Méditerranée, chaque jour.
Reuters/Stefano Rellandini | Des centaines de migrants tentent la traversée de la Méditerranée, chaque jour.

A l'Elysée s'est tenu hier un « mini-sommet » euro-africain sur la crise migratoire. La Guinée fait partie des pays dit de « départ ». Qui sont les Guinéens candidats à l'immigration illégale ? Quelles sont les solutions à ces flux de migration ? Idrissa Somparé, chargé de programme à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Guinée, répond aux questions de Coralie Pierret.


RFI : Proportionnellement aux autres pays africains, la Guinée est-elle considérée comme l'un des principaux pays de départ ?

Idrissa Somparé : Ce n’était pas vraiment le cas jusqu’à très récemment. Mais à compter de l’année 2016, en plein pendant l’épidémie Ebola, on a constaté une hausse extraordinaire du nombre de migrants guinéens qui prenaient la route de la Méditerranée.

En guise d’illustration, vous avez en 2015 et 2016 le nombre de Guinéens qui sont arrivés sur les côtes italiennes qui a augmenté de 376 %. C’est vous dire que c’est un phénomène qui devient très sérieux dans ce pays.

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A-t-on une estimation du nombre de Guinéens qui partent chaque année sur les routes pour tenter d’atteindre l’Europe ?

Pour être honnête, non. Ce sont des chiffres difficiles à obtenir parce qu’il n’existe pas les structures, ou en tout cas les cadres, pour mesurer ce genre de statistiques.

Ces migrants qui partent sont-ils majeurs ou mineurs ? Sont-ils des hommes, des femmes ?

Ce sont principalement des jeunes hommes situés dans la tranche d’âge 18 - 35 ans. En ce qui concerne les femmes, il y en a très peu.

Constatez-vous une recrudescence ou une augmentation des départs des mineurs guinéens ?

Il y a une tendance qui se dessine dans ce sens-là, oui.

Quelles sont les causes de ces migrations ?

Grosse question. Et très complexe. En Guinée, les causes peuvent être soit sociales, voire politiques, soit économiques, bien entendu. Mais elles peuvent aussi être culturelles. Il y a aussi l’aspect, que beaucoup de gens omettent de souligner, des réseaux sociaux qui jouent un rôle exceptionnellement important, à mon avis.

Les jeunes aujourd’hui ont tous des smartphones, ils sont tous connectés à Facebook ou quoi que ce soit d’autre. Le fait de voir leurs amis en Europe leur envoyer une image qui est en fait une sorte d’illusion, parce que ce n’est vraiment la réalité, a tendance à pousser beaucoup de jeunes à vouloir tenter l’aventure.

Sur ces fameux réseaux sociaux, il y a aussi tous ces articles de presse et ces témoignages qui relatent sans arrêt les morts en Méditerranée, les problèmes que rencontrent certains migrants dans le désert ou bien en Libye. Les ONG, les organisations internationales informent, sensibilisent les jeunes sur les risques à partir. Alors pourquoi cette sensibilisation n’est-elle pas suffisante ?

On n’a pas tendance à aller en zone rurale par exemple. Je pense qu’il faudrait aussi penser à aller à la source. Par source, ici, j’entends en Europe : la diaspora. La diaspora a, pour le moment, joué le rôle d’un vecteur plutôt aggravant. Il faudrait s’en servir comme d’un vecteur de communication.

Parce que je pense que personne n’est mieux indiqué qu’eux pour expliquer aux jeunes qui sont ici à quel point c’est difficile d’arriver en Europe. Et même quand on y arrive, il n’est pas dit que tout est rose.

Il y a les migrants qui quittent le pays, mais aussi qui rentrent dans le pays. Comment se passent ces retours en règle générale ?

Il y a différents types de retours. Il y a des retours forcés, que l’on maquille en des termes un peu plus politiquement corrects. Je vais parler dans la perspective OIM, chez nous le retour doit être volontaire.

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Pour faire simple, il y a trois principales étapes : l’assistance avant le retour, ensuite il y a le retour à proprement parler et, dernière étape, peut-être la plus importante, c’est la réintégration dans la communauté. Disons qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont formés, mais qui n’arrivent pas être absorbés par le marché de l’emploi.

Arrive-t-il que certaines de ces personnes, qui ont bénéficié de l’aide au retour, repartent une nouvelle fois ?

Il y a sûrement des cas, mais ce sont vraiment à de très rares occurrences. J’ai dit que leur intégration devait être sociale. Par là, j’entends qu’il ne suffit pas de stabiliser le jeune migrant retourné.

Parce que lorsque vous revenez de l’Europe et que vous rentrez dans un village et qu’il y a l’OIM - où tout autre partenaire - qui vous apporte un soutien ou un support pour mettre en place une activité économique, cela peut créer des tensions. Cela peut même créer des vocations, cela peut même pousser d’autres jeunes à vouloir partir. L'intégration se doit donc d’être inclusive, on rencontre donc toutes les composantes de la communauté.

Il y a dans la sous-région et en Europe un certain nombre de réunions internationales dans lesquelles on essaie de réfléchir à la question migratoire et à la question des flux migratoires illégaux. Quel regard portez-vous sur ces tentatives internationales ou sous-régionales ?

Il n’est jamais mauvais de vouloir s’asseoir autour d’une table. Néanmoins j’ai personnellement un petit bémol à ce sujet, c’est que je ne dirai pas qu’on a entendu qu’il y ait des morts en grand nombre pour réagir mais presque. Les migrations ne sont pas uniquement un phénomène négatif.


► « Migrants africains, la route » une série de reportages à (re)découvrir ici :

Migrants africains, la route de l’Afrique du Nord: Guinée, pourquoi partir? (1/5)

Migrants, la route de l’Afrique du Nord: au Cameroun, les préparatifs du voyage (2/5)

Migrants africains: Agadez avant la traversée du désert au Niger (3/5)

Migrants africains : la traversée du désert vue d'Algérie (Volet 4/5)

Migrants africains: portrait d'une famille sénégalaise (Volet 5/5)

 

Texte initialement publié sur : RFI

 

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