Sur l'île grecque de Tilos, des bénévoles ont mis en place une école pour que les enfants continuent leur scolarité. Crédit : Charlotte Boitiaux
Sur l'île grecque de Tilos, des bénévoles ont mis en place une école pour que les enfants continuent leur scolarité. Crédit : Charlotte Boitiaux

Fuir son pays est souvent synonyme d’abandon de l’école pour les enfants. Sur la route de l’exil, l’accès à l’éducation est quasi impossible. Dans les camps, les humanitaires tentent comme ils peuvent d’intégrer les enfants réfugiés au système éducatif.

Alors que cette semaine des centaines d’enfants ont fait leur rentrée scolaire dans les écoles françaises, des millions de jeunes migrants ou réfugiés n’ont pas eu cette chance. Selon un rapport de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) publié en 2016, seulement 50% des enfants réfugiés ont accès à l’enseignement primaire. Concrètement, ce sont 1,75 million d’enfants réfugiés qui ne vont pas à l’école primaire. "Et quand ces enfants grandissent, l’écart devient un gouffre", stipule le rapport : 22% des adolescents réfugiés fréquentent l’école secondaire et seulement 1% accèdent à l’université.

"L’éducation des réfugiés est particulièrement négligée, alors que c’est l’une des rares occasions que nous avons pour transformer, construire la prochaine génération et améliorer le sort des dizaines de millions de personnes déracinées dans le monde", avait alors déclaré Filippo Grandi, Haut-commissaire de l’UNHCR.

Travail de sensibilisation

L’agence onusienne a donc fait de l’éducation une de ses priorités. Quand des migrants quittent leur pays, le HCR veille à prendre rapidement en charge les enfants : des activités d’éducation non formelles sont dans un premier temps mises en place dans des camps. L’objectif est double : donner aux enfants une certaine stabilité et montrer aux familles récalcitrantes les bienfaits de l’école.

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Tout un travail de sensibilisation est alors nécessaire et il faut trouver des systèmes qui encouragent l’enfant et ses parents. "Certains élèves ne sont pas allés à l’école depuis des années, voire jamais, à cause de la guerre ou pour des raisons financières, explique Céline Schmitt, porte-parole en France du HCR. C’est aussi à nous de faire prendre conscience aux parents de l’utilité de l’enseignement". En parallèle, le HCR aide donc les parents à avoir une activité professionnelle pour que ces derniers acceptent la scolarisation de leurs enfants. Nombreux sont les plus démunis qui compte sur le travail des enfants pour participer aux besoins de la famille.

L'important pour l’agence onusienne est d’intégrer les enfants dans le système scolaire du pays et ainsi éviter de créer des écoles spécifiques aux réfugiés. Parfois, cela passe par le financement de la construction d’une école dans un village où les enfants du quartier n’avaient eux-mêmes pas accès à l’éducation. Tenir compte de la population locale et la soutenir dans les démarches d’accueil est primordial pour que les choses fonctionnent. "Cela permet aussi de scolariser les enfants du pays d’accueil, explique la porte-parole du HCR en France. C’est important qu’il y ait des échanges entre les réfugiés et les communautés qui les accueillent".

Les Etats doivent s’impliquer

Pour les enfants qui sont en mouvement, il est cependant impossible de les intégrer dans le système éducatif local. Sur les routes de l’exil, le HCR et l’Unicef (fond des Nations Unies pour l’enfance) déploient alors des "child friendly space", des espaces d’apprentissages temporaires fixes ou mobiles. Sous des tentes, les enfants peuvent ainsi se détendre et prendre part à des activités éducatives dans un endroit gai et ludique avant de reprendre la route. L’agence de protection de l’enfance développe aussi du matériel didactique à destination des parents. "C’est un genre d’enseignement à domicile à destinations des pays ravagés par les conflits où les enfants ne peuvent se rendre à l’école pour des raisons de sécurité", précise Christophe Bouliérac, porte-parole de l’Unicef à Genève.

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En outre, les traumatismes liés à la guerre et à l’exil représentent une difficulté de plus pour les équipes pédagogiques avec ces populations. L'impression d’être différent, le fait d’être en transit participent au mal-être de l’enfant. Un sentiment qui s'intensifie quand les enfants ne parlent pas la langue du pays dans lequel ils ont trouvé refuge ou qu’ils sont en train de traverser. "La première chose est de leur permettre rapidement d‘apprendre la langue", insiste Céline Schmitt.

Les spécialistes sont cependant unanimes : c’est aussi aux États de s’impliquer dans la scolarisation des réfugiés. Mais certains accueillent tellement de personnes - la Turquie et le Liban sont les principaux pays d'accueil - que les écoles sont submergées. "Les systèmes éducatifs ne sont pas préparés à une telle situation. Il faut mettre plus de moyens financiers", analyse Christophe Bouliérac qui insiste sur l’importance de l’éducation. "L’école est le point d’entrée pour la protection de l’enfance : elle permet d’avoir une routine qui apporte aux enfants une stabilité psychologique. D’autant qu’une jeunesse formée profite directement à l’économie du pays d’accueil ou d’origine. C’est incontestable", conclut-il.

 

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