La ville de Jos a accueilli un nouveau débat organisé par la DW
La ville de Jos a accueilli un nouveau débat organisé par la DW

La majorité des réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée viennent du Nigeria. Pourquoi partent-ils et quelles sont les solutions proposées aux candidats à l’exil ? La ville de Jos, dans le nord du pays a accueilli récemment un débat sur ces questions. Une manifestation organisée dans le cadre du projet "Dilemme Migration" de la Deutsche Welle.

"Lorsque tu vois la montagne de Kano, tu es encore loin de la ville", dit un proverbe haoussa. C’est ce proverbe qui a servi de fil rouge aux représentants politiques et de la société civile réunis à Jos pour un débat animé. Car ce qui est valable pour Kano, métropole économique séculaire du nord du Nigeria, l’est, a fortiori, pour l’Europe. Il ne suffit pas de voir le continent pour s’y installer. "Presque tous les jeunes rêvent d’un avenir meilleur en Europe. Ils pensent que leur vie là-bas sera comme ce que leur vend la télévision ici," explique Isa Abdullahi. Professeur à l’Université Kashere, elle est l’une des invités de la manifestation organisée par la Deutsche Welle, en partenariat avec la radio "Unity FM".

Entre janvier et juin 2017, plus de 14.000 Nigérians ont tenté la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie – c’est plus que dans n’importe quel autre pays. "Beaucoup de jeunes gens, même diplômés, ne trouvent pas de travail," selon l’économiste Isa Abdullahi. "Le système politique au Nigeria est ainsi fait qu’il profite surtout aux personnes plus âgées."

Terminus prostitution

Une remarque sur laquelle s’empresse de rebondir une autre intervenante du débat : Khadija Gambo Hawaja, militante des droits des femmes. "Les fonctionnaires nigérians de l’immigration sont des vieux. Pourquoi ie laissent pas les jeunes faire le travail à leur place ? Cela les inciterait à rester ici !"

Selon Khadija Gambo Hawaka, les femmes sont les premières victimes de l’attribution "à la nigériane" des emplois dans le secteur public. "Les femmes sont systématiquement mises à l’écart." C’est pour cela qu’elles sont souvent obligées de quitter leur pays pour l’Europe. La plupart du temps, elles atterrissent dans la rue ou dans un bordel. Selon les estimations, environ 40.000 étrangères se prostituent rien qu’en Italie. La plupart d’entre elles viennent du Nigeria ou de Roumanie.

Solomon Dalung ministre de la Jeunesse fait polémique

Le troisième intervenant, Solomon Dalung, ministre de la Jeunesse du Nigeria, entre dans la danse et rejette la faute sur les parents. "Si les mères éduquaient mieux leurs filles, cela n’arriverait pas." Une thèse qui suscite la désapprobation du public. Les quelques 200 personnes présentes dans la salle protestent bruyamment.

Le patriotisme ne se mange pas

Le gouvernement précédent ne s’est pas suffisamment engagé pour les jeunes gens, dit encore le ministre de la Jeunesse qui rappelle que l’an dernier, un nouveau programme de soutien a été mis en place. Il a déjà permis à 2000 jeunes de trouver un emploi. Solomon Dalung en appelle alors à l’honneur : selon lui un Nigérian qui aime véritablement son pays ne peut vouloir le quitter. Un jeune homme dans le public intervient : "comment pouvez-vous demander à quelqu’un d’être patriote lorsqu’il doit vivre avec un dollars par jour ?"

Le public est avide de réponses

Le gouvernement doit investir davantage dans la formation, en particulier dans le domaine de l’artisanat, renchérit Aliyu Tilde, bloggeur et militant des droits de l’homme, également sur le podium. Mais ce dernier en appelle aussi à la responsabilité des Etats européens : "si l’Europe s’engageait davantage pour la paix en Afrique, le quotidien serait moins difficile. Mais tant qu’il y aura des conflits, les gens iront tenter leur chance ailleurs."

Informer et dialoguer

Dans le cadre du projet DW "Dilemme Migration" quatre autres débats auront lieu cette année : à Abidjan (Côte d’Ivoire), Banjul (Gambie), Accra (Ghana) et Conakry (Guinée). Fin 2016, la DW avait déjà organisé des tables rondes à Dakar (Sénégal), Bamako (Mali) et Niamey (Niger). L’objectif est de mener ces discussions ailleurs qu’en Europe afin que les principaux concernés aient la chance de présenter leur point de vue.

Par Hilke Fischer

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