JORGE GUERRERO / AFP | Un groupe de migrants dans le port de Tarifa, le 16 août 2017.
JORGE GUERRERO / AFP | Un groupe de migrants dans le port de Tarifa, le 16 août 2017.

L'organisation internationale pour les migrations et l'Unicef publient ce mardi un rapport sur les enfants et les jeunes migrants : trois quarts d'entre eux sont victimes d'exploitation sur les routes de la Méditerranée. Onze mille jeunes de 14 à 24 ont été interrogés pour ce rapport, alors qu'ils traversaient la Grèce, l'Italie, la Hongrie, la Slovénie ou encore la Macédoine.

Avec notre correspondante à Bruxelles,  Laxmi Lota

Alors qu’un tiers des migrants arrivés en Europe en 2016 sont des enfants, leurs conditions de voyages sont souvent terribles. Les jeunes interrogés par l'Unicef et l'organisation internationale pour les migrations, l'OIM, racontent par exemple avoir été forcés à travailler durant des mois, sans pouvoir s'échapper, après leur arrivée en Libye.

Sandie Blanchet, directrice de l'Unicef a Bruxelles, parle « d’enfants qui ont vu des gens se faire tuer devant eux, qui ont été battus, forcés de travailler pendant des mois, enfermés la nuit ». Il ne s’agit pas de cas isolés : « 77 % d’entre eux ont vécu une situation d’abus, d’exploitation ».

«Responsabilité immense»

Ces témoignages ne sont qu'un fragment de la réalité : de nombreux enfants ne sont plus en mesure de parler. Sandie Blanchet le rappelle : « il nous manque ces voix, c’est un silence qui est assourdissant pour moi. Ces voix d’enfants qui ont péri. Et on ne sait pas combien, on ne sait pas où, on ne le saura jamais ».

C’est pour cette raison qu’elle insiste sur la « responsabilité immense » qu’Unicef ressent. « Une responsabilité morale » certes, mais aussi « une responsabilité légale, puisque tous les Etats de l’Union européenne ont ratifié la convention relative aux droits de l’enfant ».

Les jeunes originaires d'Afrique subsaharienne ont 4 fois plus de risques d'être victimes de trafic et d'exploitation, selon ce rapport. L'Unicef et l'OIM demandent à l'Union européenne de mettre en place des corridors humanitaires pour les mineurs afin de leur garantir protection, accès a l'eau, aux soins et a l'éducation.


Les dangers de la route de la Méditerranée centrale

La situation est particulièrement inquiétante pour ceux qui empruntent la route de la Méditerranée centrale, c'est-à-dire ceux qui partent de Libye pour rejoindre l'Europe.

Contrairement à ce que l'on observe sur d'autres routes migratoires, voyager en groupe ne protège pas les enfants, ou presque pas. En revanche, plus les jeunes ont un niveau d'éducation élevé et plus le risque de violences diminue. Les enfants les plus éduqués maîtrisent parfois une langue supplémentaire, osent davantage se plaindre aux autorités lorsqu'ils sont victimes d'abus et sont mieux renseignés sur les pays qu'ils traversent. Le rapport raconte par exemple que deux frères venus de Gambie se sont retrouvés quasiment réduits en esclavage en Libye parce qu'ils n'avaient jamais entendu parler des risques existant dans ce pays.

Les jeunes à la peau noire sont encore plus vulnérables que les autres, dans tous les pays du Maghreb et particulièrement en Libye où plusieurs témoins disent avoir été traités plus mal que des animaux.

Texte initialement publié sur : RFI