Des migrants près du centre humanitaire, porte de la Chapelle.  Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants près du centre humanitaire, porte de la Chapelle. Crédit : Mehdi Chebil

Après presqu’un an de collaboration avec Emmaüs au centre humanitaire de La Chapelle, dans le nord de Paris, l’association Utopia 56, a décidé de quitter le centre qui "n’a rien d’humanitaire", selon elle.

Jeter l’éponge. C’est ce qu’a fait l’association d’aide aux migrants Utopia 56 qui a annoncé mercredi 13 septembre, qu’elle quittait le centre humanitaire de La Chapelle, dans le nord de Paris. "Nous constatons que le traitement administratif des réfugiés dans ce centre n’a rien d’humanitaire", explique l’association dans un communiqué.

Utopia 56 ne tenait qu’une petite permanence de distribution de vêtements dans le centre, elle venait surtout en appui à Emmaüs, le gestionnaire des lieux. "Près de 90% de notre travail se fait dans la rue, pas dans le centre. Mais nous voulions marquer notre opposition de manière radicale", a précisé Yann Manzi, le co-fondateur d’Utopia 56, contacté par InfoMigrants.

Concrètement, l’association ne "supporte plus la mainmise progressive de l’État" sur le centre, qui fait tout "pour empêcher les migrants d'arriver à l'étape la demande d’asile". Utopia 56 – qui salue le travail d’Emmaüs et de la Mairie de Paris - reproche au gouvernement de "réécrire l’accueil des réfugiés" et d’accélérer leur expulsion plutôt que de les protéger.

>> A lire sur InfoMigrants : Que faire si ma demande d'asile est rejetée ? 

"Plan de non-accueil des migrants"

Dans le viseur de l’association : le CESA, le centre d’examen de situation administrative, créé pour le centre humanitaire. Ce dispositif "qui s’est mis en place petit à petit" est aujourd’hui obligatoire pour tous les migrants qui passent la porte du camp de La Chapelle. Il doit distinguer les "dublinés" - ceux qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays de l’UE -, des déboutés – ceux qui ont déjà vu leur demande d’asile rejetée.

Pour Utopia 56, c’est surtout un piège pour les demandeurs d’asile. "Le CESA est là pour accélérer les procédures Dublin, bafouer le droit d’asile... Beaucoup sont envoyés dans des CAO [centre d’accueil pour migrants, partout en France] sans avoir pu déposer leur demande d’asile à Paris !", raconte-t-il. "Beaucoup de migrants ne comprennent pas le dispositif et pensent avoir déposé une demande d’asile, alors qu’en fait, ils ont juste eu leurs empreintes relevées !", s’offusque-t-il.

Utopia 56 dénonce enfin la mise en place d’un plan "de non accueil des réfugiés". A Paris, "les droits de l’homme, ce n’est qu’un joli mot, c’est à vomir ! Est-ce qu’on peut rappeler que les migrants représentent 0,17% de la population européenne. Est-ce que c’est ça prendre sa part de la misère humaine ?"

Utopia 56 restera aux abords du camp pour aider les migrants

Le départ, symboliquement fort, d’Utopia 56, ne change rien à sa mission. A l’approche de l’hiver, l’association ne compte pas déserter les abords du centre. Elle va renforcer son aide dans la rue.

"Nous allons continuer à distribuer des couvertures, à orienter les familles, à organiser des distributions alimentaires", énumère le co-fondateur de l’association. "Mais, c’est de plus en plus compliqué…. Les migrants se dispersent à Paris. Avec la répression policière, les migrants sont repoussés loin du centre, ils dorment dans des jardins, dans des squares, dans des petites rues…"

Utopia 56 avait été chargée de la gestion du camp de migrants de Grande-Synthe, dans le nord de la France, pendant quelques mois, en 2016. Là aussi, l’association avait décidé de quitter les lieux, après que l’État eut décidé de reprendre la gestion du camp et d’y restreindre l’accueil des migrants.


 

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