Image d'archives de migrants à la gare de Budapest, en Hongrie, en août 2015. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants à la gare de Budapest, en Hongrie, en août 2015. Crédit : Reuters

En visite en Hongrie, le Haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés s’est inquiété mardi du régime de "détention" appliqué depuis plusieurs mois aux demandeurs d’asile. Dans ce pays dirigé par le conservateur Viktor Orban, les migrants sont privés de liberté et mal informés par les autorités des démarches pour déposer l’asile.

"Demander l’asile n’est pas un crime", a déclaré mardi 12 septembre le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés (HCR), Filippo Grandi, lors d’une visite de deux jours en Hongrie. Qualifiés par le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, de "poison", les migrants qui débarquent dans ce pays d’Europe de l’Est sont immédiatement conduits dans des "camps de transit" que beaucoup considèrent comme des lieux de détention. "Je n’appelle pas cela ‘transit’, j’appelle cela détention", a dénoncé le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés.

Privés de liberté

Depuis le printemps, le gouvernement de Viktor Orban applique un nouveau dispositif consistant à maintenir les migrants dans deux camps fermés installés à la frontière serbe, à Röszke et à Tompa, dans l’attente d’une décision définitive concernant leur demande d’asile.

Entourés de barbelés, ces camps accueillent actuellement 427 migrants. Si les conditions sanitaires et matérielles sont jugées "satisfaisantes" par le HCR, les migrants sont en revanche privés de leur liberté de mouvement. Ils ne peuvent quitter les lieux qu’en cas d’avis positif de leur demande d’asile ou s’ils retournent en Serbie, pays par lequel ils sont entrés. "Mais cela peut prendre des semaines, des mois jusqu’à l’issue de la procédure", a constaté Filippo Grandi.

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Le but de cette mesure critiquée par l’Union européenne (UE) et de nombreuses ONG est d’"empêcher les migrants dont le statut n’est pas clairement défini de se déplacer librement sur le territoire national et au sein de l’UE, et donc de réduire les risques sécuritaires", avait fait valoir le gouvernement hongrois.

"Accès restreint au territoire hongrois"

Hormis les privations de liberté, les migrants rencontrés par Filippo Grandi se plaignent du manque d’informations des autorités hongroises sur les démarches pour déposer l’asile. Depuis le début de la crise migratoire, Budapest rechigne à délivrer le statut de réfugié même à ceux qui fuient des pays en guerre comme l’Irak. En 2016, seul 425 personnes ont obtenu l’asile en Hongrie, alors qu’un peu plus de 29 000 demandes avaient été déposées.

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Le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés s’est également dit préoccupé par "l’accès restreint au territoire hongrois", via la frontière serbe où les autorités n’admettent que dix migrants par jour. "J’ai l’impression que tout le système a été conçu pour laisser les personnes qui fuient la guerre et les persécutions en dehors du pays, et leur empêcher de demander l’asile", a déclaré Filippo Grandi après s’être rendu à la frontière serbo-hongroise.

Depuis deux ans, la Hongrie s’est illustrée par son opposition frontale à la politique migratoire européenne, refusant notamment d’appliquer le plan européen de répartition des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce. La justice européenne a rejeté la semaine dernière un recours de Budapest contre ce mécanisme d’accueil de réfugiés.