Reuters/Christian Hartmann | Le Parlement européen de Strasbourg lors de l'élocution du président de la commission européen Jean-Claude Juncker.
Reuters/Christian Hartmann | Le Parlement européen de Strasbourg lors de l'élocution du président de la commission européen Jean-Claude Juncker.

« L'Europe a une responsabilité collective face à l'arrivée des migrants ». Jean-Claude Juncker, le président de la commission, l'a affirmé, hier, à Strasbourg au Parlement européen lors de son discours annuel sur l'état de l'Union. Et il en a profité pour remercier explicitement l'Italie qui, a-t-il déclaré, sauve l'honneur de l'Europe en Méditerranée. Et pourtant, la population italienne, elle, semble au même moment plus réticente à accueillir les étrangers.


Jusqu’ici, la plupart des Italiens affichaient une véritable empathie pour les immigrés. Leur histoire les a marqués. Ils se souviennent d’être eux aussi partis à la recherche d’une vie meilleure. Ils accueillaient alors les nouveaux arrivants comme ils auraient voulu que l’on accueille autrefois leurs grands-parents émigrés.

Mais le vent a tourné et la générosité perd du terrain. Pour 65 % des Italiens maintenant : il y a trop d’immigrés. Plus d’un Italien sur deux souhaite la fermeture des frontières. C’est une étude mondiale de l’institut Ipsos qui le révèle. Face à l’immigration, les Italiens sont devenus le peuple le plus pessimiste et le plus inquiet. Il faut se rendre en Russie pour trouver un tel rejet de l’étranger.

Une autre étude de l’Observatoire européen de la sécurité annonce que près d’un italien sur deux a peur des immigrés. Peur, au sens de la peur physique. Pour la première fois depuis 10 ans, la xénophobie - littéralement la peur de l’étranger - touche près de la moitié des Italiens.

Un changement de mentalité

L’extrême droite dit que le pays est saturé et qu’il n’y a plus de place. En fait, de la place, il y en a. Mais le logement et le travail sont de vrais problèmes pour toutes les familles. La situation économique des Italiens est toujours difficile même si la reprise est à l’horizon. Le chômage, en baisse mais toujours important, n’arrange pas les choses. De plus, la multiplication des troubles à l’ordre public impliquant des étrangers ne fait qu’augmenter le sentiment d’insécurité. Ces troubles vont de la bagarre rangée pour un squat aux agressions contre les personnes. Des faits divers, relayés tous les jours dans la presse, qui amènent beaucoup de personnes à associer immigration et délinquance.

Les discours les plus modérés mettent en cause, eux, le chaos qui règne en Italie : une administration incapable de gérer les dossiers des demandeurs d’asile et d’offrir des formations linguistiques ou professionnelles, cela n’aide pas à l’intégration. Il y a aussi les mauvais italiens eux-mêmes qui profitent de cette inefficacité de l’Etat aux dépens des migrants les plus vulnérables. C’est l’exploitation des travailleurs clandestins à des salaires de misère ou le détournement de fonds publics destinés aux réfugiés par des organisations criminelles qui confirment l’impression d’un Etat débordé.

L'immigration, thème électoral

Le Sénat vient de rejeter un projet de loi qui prévoyait la possibilité pour les enfants immigrés de devenir Italien. Le Sénat, motivé par la vindicte populaire, était censé adopter ce projet. Il faudrait d’abord mieux informer les Italiens qui ne se rendent pas compte que leur économie bénéficie largement des immigrés, en création d’entreprises, en recettes fiscales, en dynamisme dans un pays dont la population est trop âgée. Mais à quelques mois des prochaines élections, les candidats n’auront pas le temps de faire de la pédagogie. La course voix risque de prendre le sens du vent. Il est maintenant certain que l’immigration sera le thème dominant de la campagne électorale. Une première ici.

Texte initialement publié sur : RFI