Crédit : Google map
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Une nouvelle route migratoire est-elle en train de voir le jour en mer Noire, au nord de la Turquie ? Déjà près de 500 migrants ont été interceptés dans les eaux roumaines en moins d’un mois. Les spécialistes tentent de prévenir les candidats au départ de la dangerosité d’une telle traversée.

Mercredi 13 septembre, peu avant l'aube, quelques 150 personnes, dont une cinquantaine d'enfants, ont touché terre à Midia, dans l'est de la Roumanie, après un sauvetage de plus de 12 heures de leur embarcation en détresse sur une mer houleuse.

C’est le cinquième bateau, depuis le mois d’août, intercepté par les autorités roumaines. Pour Mircea Mocanu, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à Bucarest, le phénomène est inquiétant.

"La mer Noire ne porte pas ce nom pour rien…", explique-t-il à InfoMigrants. "C’est une mer très dure, avec des vents violents qui viennent de la Russie, des vagues de plusieurs mètres. Elle est bien plus dangereuse que la Méditerranée". À l’approche de l’hiver, continue-t-il, "dès le mois de novembre, l’eau sera très froide. Prendre la mer Noire est insensé".

"Une route qui n’offre aucun avantage pour les migrants"

Cette nouvelle route migratoire, au nord de la Turquie, n’est pas nouvelle, "en 2014, près de 430 migrants l’avaient empruntée, et en 2017, 482 personnes l’ont déjà utilisée, principalement des Iraniens et des Irakiens", précise Mircea Mocanu, qui espère que le phénomène restera marginal. Selon lui, le tarif de la traversée se situe entre 1 000 et 3 000 euros.

Le passage par la mer Noire a été réactivé récemment, après les fermetures des autres routes migratoires, notamment la route grecque. A cause du pacte signé en 2016 entre l'Union européenne (UE) et Ankara - pacte selon lequel les migrants arrivant en Grèce risquent l’expulsion vers la Turquie -, "les passeurs cherchent une nouvelle route pour atteindre l’Europe", explique Mircea Mocanu. "Mais arriver en Roumanie n’offre aucun avantage pour les migrants".

"Marcher 700 km avant d’atteindre la frontière hongroise"

Premièrement, parce qu’en plus de la dangerosité de la traversée, les embarcations de fortune sont facilement repérables en mer Noire : "Il y a de nombreuses manœuvres militaires des navires russes et turcs dans la zone. Il serait très difficile de ne pas voir les canots. Puis, une fois arrivés en Roumanie, les migrants seraient tout de suite repérés et dénoncés aux autorités, la côte est densément peuplée".

Deuxièmement, la Roumanie ne fait pas partie de l’espace Schengen – où prévaut le principe de la libre circulation des personnes. Des contrôles sont instaurés aux frontières roumaines, les migrants sont donc automatiquement repérés et arrêtés sur leur route vers les autres pays européens. "Sans compter qu’il faut marcher sur une distance de 700 km avant d’atteindre la frontière roumano-hongroise depuis la mer Noire. C’est une route longue, sur laquelle les migrants ne passeraient pas inaperçus à cause de leur langue et de leur couleur de peau", précise encore Mircea Mocanu.

80% des passages de la Roumanie vers la Hongrie déjoués

Selon la police des frontières roumaine, plus de 1 200 personnes ont été interpellées depuis le début de l'année alors qu'elles tentaient de franchir la frontière vers la Hongrie, contre 900 pour toute l'année 2016. L'OIM estime que 80% des tentatives de passage sont déjouées.

Passer par la Serbie, depuis la Roumanie, n’a pas plus de sens. Des barbelés ont été érigés à la frontière entre la Serbie et la Hongrie rendant quasiment impossible les passages.

Frontex, l’agence européenne des gardes-côte, de son côté, reste sur le qui-vive. "Il est trop tôt" pour dire si de telles traversées se poursuivront. Mais "ce qui se passe semble indiquer que les passeurs tentent de ressusciter une route via la mer Noire", a indiqué son porte-parole, Krzysztof Borowski.


 

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