Marokel a quitté la Syrie avec sa famille mais il a choisi de revenir seul dans son village, détruit par l'État islamique en 2015. Crédit : France 24
Marokel a quitté la Syrie avec sa famille mais il a choisi de revenir seul dans son village, détruit par l'État islamique en 2015. Crédit : France 24

Dans le nord-est de la Syrie, la région de Hassaké a été dévastée par l’organisation de l’État islamique. Pour survivre, beaucoup d’habitants des villages chrétiens alentours ont fui mais certains sont revenus sur leur terre.

Il y a quelques mois, Marokel Silvio a quitté avec sa famille son village de Tal Tal, au nord-est de la Syrie. Mais aujourd’hui, il est revenu sur ses terres et est le seul habitant du village. "Rien ne m’est plus cher que ma maison et mon village", explique-t-il, ne pouvant pas retenir ses larmes.

Debout sur les ruines de son village dont l’église a été totalement détruite, Marokel s’emporte en constatant les dégâts causés par le groupe terroriste : "Nous voulons tous la liberté et le paradis, mais ce n’est pas ça la liberté !"

Dans cette région, connue pour être le grenier à blé de toute la Syrie avant la guerre, tout est à reconstruire. Lorsqu’ils l’ont envahi en février 2015, les jihadistes ont totalement détruit les villages assyriens et s’en sont systématiquement pris aux symboles chrétiens. À Tal Tal, il ne reste que le clocher de l’église, mais couché sur le sol.

Les jihadistes ont également réduit en poussières tous les commerces tenus par des chrétiens, comme celui de Boris Kabezian, d’origine arménienne.

Ce père de famille tenait un grand restaurant avant la guerre. "Les habitants de tous les villages alentours venaient y fêter les mariages, les fiançailles, toutes les occasions d’avoir de la joie", se souvient-il.

L’EI a tout détruit dans son restaurant et pourtant, Boris Kabezian estime qu’il n’est pas à plaindre : "Je vis encore, ma famille vit encore, mes enfants aussi. Donc, pour moi, c’est la grande fortune".

Blessures profondes

Comme lui, Eli, un chrétien orthodoxe de 22 ans, est resté en Syrie malgré les ravages de l’EI. À Hassaké, il rêve parfois de quitter son pays pour tenter sa chance en Europe pour finir ses études d’ingénieur mais l’idée de devenir un réfugié ne lui plaît pas du tout.

Avant la guerre, l’église était le centre de cette ville de plus 180 000 habitants qui comporte une grande communauté chrétienne, raconte Jacques Behnan Hindo, l’évêque syriaque orthodoxe. Aujourd’hui, il se sent menacé par les milices kurdes qui ont installé un check-point juste devant son église. Pourtant, il l’assure, il ne partira pas tant qu’il restera un fidèle à Hassaké.

Depuis juin 2017, les forces arabo-kurdes mènent un assaut contre l’EI à Raqqa. Mais même en cas de victoire, l’avenir des chrétiens de la région reste sombre. Les souffrances et les blessures de ces années de guerre vont mettre du temps à cicatriser.




 

Et aussi