AFP/Fadel Senna | Une femme portant un niqab à Rabat. (photo d'illustration)
AFP/Fadel Senna | Une femme portant un niqab à Rabat. (photo d'illustration)

Direction l'Autriche où une loi « anti-burqa » entre en vigueur aujourd'hui. Elle oblige les habitants à être reconnaissables dans tous les espaces publics, de la rue aux écoles, en passant par les transports en commun. Mais le champ d'application de cette loi est large, voire flou.


En théorie, la loi s’applique à toute personne dont le visage est caché dans l’espace public. Beaucoup d’Autrichiens se retrouvent concernés. Le ministère de l’Intérieur relaie depuis plusieurs jours un document censé expliquer ce qui est autorisé et ce qui ne l’est plus à partir d’aujourd’hui. Dessus sont dessinées plusieurs femmes, l’une en burqa, une autre en niqab, aux côtés de la mention « interdit ».

Mais le plus intrigant étant la ligne au-dessus, avec notamment un homme déguisé en clown. Cette fois-ci, le texte précise : « autorisé sous certaines conditions ». Ces conditions, le ministère de l’Intérieur les a détaillées ces derniers jours. Dorénavant, dans l’espace public, les Autrichiens sont autorisés à se déguiser si c’est lors d’un événement culturel ou pour des raisons professionnelles. Ils peuvent dès lors porter un masque sur la bouche seulement s’ils ont une raison médicale et seul le froid justifie qu’ils remontent leur écharpe jusqu’au nez.

Les réseaux sociaux n’ont pas attendu longtemps pour s’emparer de l’affaire. On y moque l’hypocrisie de la loi, car c’est bien les quelques 150 femmes qui portent le voile intégral en Autriche qui sont visées et non les autres cas énoncés dans le document. Il paraît en effet assez peu probable que la police contrôle les clowns dans les rues.

La France prise en exemple

La loi autrichienne s’est presque entièrement calquée sur le texte français adopté en 2010. Elle stipule que toute personne doit être reconnaissable dans l’espace public. Si le visage est caché et empêche l’identification, la personne s’expose à une amende qui peut aller jusqu’à 150 euros. Si elle refuse de se découvrir, elle peut même être emmenée au poste de police.

La raison de cette inspiration française est simple : le gouvernement autrichien s’assure ainsi que la loi ne posera aucun problème juridique. En effet, un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme a déjà donné raison à la France en 2014, jugeant que la loi n’était pas contraire à la Convention européenne des droits de l’homme.

Les critiques pleuvent
 
Une loi « islamophobe » aux yeux de bon nombre de musulmans. La communauté islamique d’Autriche, l’un des organes représentatifs de l’islam dans le pays, a ainsi condamné « cette violation de la vie privée et de la liberté religieuse ».

Côté politique, les critiques sont moins nombreuses. Il faut dire que cette loi est l’œuvre des sociaux-démocrates et des conservateurs, la coalition au pouvoir actuellement. Les deux partis soutiennent donc le texte, tout comme l’extrême droite. Les critiques publiques viennent surtout des verts. Le président de l’Autriche, l’écologiste Alexander Van der Bellen, a lui-même dénoncé il y a quelques semaines cette loi, affirmant que « chaque femme a le droit de s’habiller comme elle le veut ». A deux semaines des élections législatives anticipées, une chose est sûre, cette loi ne passe pas inaperçue.

Texte initialement publié sur : RFI

 

Et aussi