Image d'archives de migrants en Algérie. Crédit : Ansa
Image d'archives de migrants en Algérie. Crédit : Ansa

En Algérie, la situation des migrants se complique chaque jour un peu plus. Depuis quelques mois, les autorités semblent accélérer les renvois de migrants dans le désert, à la frontière avec le Niger.

L’Algérie est un pays de transit pour beaucoup de migrants désireux de rejoindre l’Europe. La plupart de ces exilés subsahariens entrent par le sud du pays via le Mali et le Niger et continuent leur route vers le Maroc dans l’espoir d’atteindre l’Espagne. Mais leur chemin s’arrête généralement en Algérie, où les autorités les renvoient dans le désert, à la frontière avec le Niger.  

Refoulements dans le désert

Et depuis plusieurs mois, les autorités algériennes accélèrent ces renvois. Fin décembre 2016, plus de 1 500 personnes ont été arrêtées à Alger et relâchées vers Agadez, au Niger, avant d’être expulsées dans leur pays d’origine. Ces renvois massifs font généralement suite à des altercations entre habitants algériens et migrants. Selon le chercheur et spécialiste des migrations Ali Bensaad, "le pouvoir renvoie en masse les migrants par peur de l’exaspération de sa population".

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Dernier renvoi en date, vendredi 22 septembre. Ce jour-là, des centaines de migrants ont été arrêtés dans la rue, chez eux ou sur leur lieu de travail et emmenés dans la ville de Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie. Selon RFI, "les forces de l’ordre leur ont alors annoncé qu’ils allaient ‘dans le désert’, sans leur expliquer où ils seraient relâchés".

"Les migrants ne dérangent les autorités que lorsqu’ils sont dans le nord de l’Algérie, là où se concentre la population, là où les tensions peuvent être attisées", précise encore le spécialiste Ali Bensaad. "S’ils sont dans le sud, ils sont moins visibles donc ils ne gênent personne". Au contraire, dans la région désertique du sud du pays, les migrants participent à l’économie locale : ils travaillent généralement - pour un maigre salaire - dans l’agriculture ou sur des chantiers, des secteurs boudés par les algériens.

Absence de politique migratoire

"L’Algérie n’a jamais eu de véritable politique migratoire", insiste encore Ali Bensaad. Les autorités ont bien signé la Convention de protection des étrangers calquée sur le droit européen mais elles ne l’appliquent pas. Dans ce pays, il n’existe, par exemple, aucun camp de réfugiés ou de centres pour demandeurs d’asile.

Le statut de réfugié n’existe pas non plus en Algérie - le pouvoir considérant le pays seulement comme un lieu de transit. Le spécialiste des migrations avance une autre explication : "Reconnaître le statut de réfugié – basé sur les droits de l’Homme - a une résonance dans un pays qui ne reconnaît pas ces droits pour ses propres concitoyens. Cela remet en cause le fondement autoritaire de ces États", estime Ali Bensaad.

"Xénophobie d’État"

Le chercheur va encore plus loin et dénonce une "xénophobie d’État". Depuis cet été, l’État algérien multiplie en effet les déclarations polémiques en direction des migrants. En juillet, l’ancien conseiller du président Bouteflika, aujourd’hui Premier ministre, avait déclaré que les migrants subsahariens sont "une source de drogue et de criminalité en Algérie". Quelques jours plus tard, le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, provoquait l’indignation en déclarant que l’arrivée des migrants dans le pays constituait "une menace pour la sécurité nationale".

Ces propos ont été qualifiés de "choquants et scandaleux" par les associations de protection des droits de l’Homme et certains partis politiques. Ils ont d’autant plus marqué les esprits qu’ils ont été prononcés au moment où le hashtag "non aux Africains en Algérie" devenait viral sur les réseaux sociaux algériens.

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La semaine dernière, le ministère des transports a publié une directive interdisant aux compagnies de bus et de taxi de prendre à bord de leurs véhicules des personnes en situation irrégulière. Le gouvernement a depuis fait marche arrière mais dans la réalité "les conducteurs les empêchent de monter car ils ont trop peur d’avoir des problèmes avec la police", fait remarquer Faleh Hamoudi, membre de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme.

"Les autorités alimentent le racisme", estime Ali Bensaad. "Le gouvernement utilise l’immigration comme une carte politique pour masquer les vrais problèmes", économiques et sociaux, continue le chercheur. Dans une telle période d’incertitude, les migrants sont alors utilisés comme des "boucs émissaires".

 

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