Photo d'archive d'un migrant à Calais, en 2016, peu avant le démantèlement de la jungle. Crédit : Mehdi Chebil
Photo d'archive d'un migrant à Calais, en 2016, peu avant le démantèlement de la jungle. Crédit : Mehdi Chebil

Alors que les températures commencent à chuter, l’association l’Auberge des migrants, à Calais, s’inquiète pour les 700 migrants disséminés dans la région, "pourchassés" par la police, et absolument pas équipés pour faire face à la pluie et au froid.

Sur les réseaux sociaux, l'Auberge des migrants lance un cri d’alarme. Au fur et à mesure que l’hiver approche, l’association d’aide aux réfugiés s’inquiète du froid et surtout de l’humidité dans la région du Calaisis où environ 700 migrants survivent dans des conditions "infectes".

"Les conditions météorologiques ne sont pas bonnes", explique François Guennoc, le vice-président de l’Auberge des migrants, contacté par InfoMigrants. "Le plus difficile, ce n’est pas le froid, c’est l’humidité. Les gens ne peuvent pas dormir, ne peuvent pas laver leur linge, ne peuvent pas le faire sécher". L’humidité est une plaie. Elle trempe les sacs de couchage, apporte de la boue, inonde les tentes et les abris.

"Il y a beaucoup d’infections aux pieds"

Et surtout, l'humidité est souvent vecteur de maladies. "Les migrants n’enlèvent pas leurs chaussures à cause du froid. Seulement, avec l’humidité emmagasinée dans leurs sandales, il y a beaucoup d’infection aux pieds… Nous craignons aussi la gale, les bronchites, la tuberculose…" Depuis quelques jours, la température avoisine les 7 degrés la nuit à Calais.

Dans ce climat délétère, l’Auberge des migrants dénonce l’acharnement de la police qui déloge les migrants pour éviter les "points de fixation", selon le terme employé par Gérard Collomb. En juin 2017, le ministre de l’Intérieur avait mis en garde contre toute reconstitution de la "jungle" ou de campements. "Alors que le froid arrive, les forces de l’ordre continuent de saisir les couvertures, les duvets, les tentes. La police démonte tout ce qu’elle trouve". 

La politique de l’État est claire, selon François Guennoc : "décourager" les migrants de rester à Calais et les forcer à rejoindre des centres d’accueil. "Mais ils refusent, parce que [dans ces centres], ils savent qu’on va prendre leurs empreintes". Et faire relever ses empreintes, c’est prendre le risque de faire savoir qu’on est "dubliné", c’est-à-dire enregistré dans un autre pays européen. Les "dublinés" sont, selon les accords de Dublin, expulsés du pays dans lequel ils se trouvent.

Image extraite de l'étude de l'Auberge des migrants

92,5% des migrants de Calais veulent demander l’asile en Angleterre

Nombre de migrants à Calais refusent donc de rejoindre les deux centres d’accueil et d’examen des situation (CAES) qui ont ouvert dans le nord de la France, et qui sont chargés de "trier" les personnes éligibles à l’asile de celles qui sont "dublinés" ou déboutés. À Calais, les migrants, qui rêvent d’Angleterre, préfèrent affronter la rue, le froid, et l’hiver plutôt que de prendre le risque de voir les côtes anglaises s'éloigner. "Je vois des gens dormir sous des ponts, dans des tuyaux de canalisation… Un jour, j’ai vu des policiers déloger des migrants qui s’abritaient sous un pont pendant une averse", raconte François Guennoc. "Nous voyons même un hélicoptère survoler la zone de temps en temps. Nous sommes sûrs qu’il est là pour repérer les emplacements de migrants".  

Selon une étude réalisée par l’association, 92,5 % des migrants à Calais souhaitent demander l’asile en Grande-Bretagne. Estimés à 300 en février 2017, ils sont environ 700 aujourd’hui. 

Pour affronter au mieux l’hiver, l'Auberge des Migrants appelle aux dons. "Nous avons besoin de couvertures, de pulls. Nous avons besoin de 2 500 euros par jour pour l’alimentation…", conclut François Guennoc. "Nous sommes à court d’argent. Avant, la couverture médiatique de Calais nous permettait d’être visible", et donc, de récolter des fonds, "mais aujourd’hui, nous rencontrons des gens qui nous demandent s’il y a des migrants à Calais. Beaucoup de gens ne sont pas au courant de ce qu’il se passe ici."


 

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