Environ 3,5 millions d’enfants réfugiés n’ont pas été à l’école en 2016
Environ 3,5 millions d’enfants réfugiés n’ont pas été à l’école en 2016

Les enfants réfugiés sont cinq fois plus susceptibles d’être exclus du système scolaire que les non-réfugiés, et le HCR met en garde contre des enfants privés dans le monde entier des années de formation les plus importantes. Ce problème s’explique en partie par un manque de financement.

Environ la moitié des 17,2 millions de réfugiés sous mandat du HCR ont moins de 18 ans. Dans un récent rapport des Nations Unies intitulé " Laissés pour compte : La crise de l’éducation des réfugiés", Filippo Grandi, le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, explique que le temps est compté pour la plupart de ces enfants : au lieu d’apprendre et de se développer, ils sont privés de leurs années de formation les plus importantes.

"C’est un investissement dans le futur que de produire et de former les scientifiques, les philosophes, les architectes, les poètes, les enseignants, les agents de santé et les fonctionnaires qui reconstruiront et dynamiseront leurs pays une fois que la paix sera rétablie et qu’ils pourront y retourner", affirme-t-il.

Et Filippo Grandi va plus loin, en soutenant que l’éducation est aussi d’une importance capitale pour les pays d’accueil : "L’éducation de ces jeunes réfugiés est cruciale pour le développement pacifique et durable des pays qui les ont accueillis…"

Situation actuelle

D’après le HCR, environ 3,5 millions d’enfants réfugiés en âge d’être scolarisés n’ont pas du tout été à l’école en 2016. Dans le monde, les enfants réfugiés sont cinq fois plus susceptibles d’être exclus du système scolaire que les non-réfugiés.

Avec autant d’enfants privés d’une éducation primaire de base, il y a également moins d’enfants qui vont dans le secondaire : ils sont 84% d’adolescents dans le monde à aller au collège contre 23% pour les jeunes réfugiés.

Et cela s’aggrave au niveau de l’enseignement supérieur, avec seulement 1% des réfugiés qui en bénéficie.

C’est une question de fonds

Selon le HCR, dans les pays où l’éducation est en partie assurée, une situation d’urgence ne devrait pas se traduire par une "éducation d’urgence" transmise aux enfants. Il faut donc que ces pays aient des infrastructures et du matériel adéquats, avec un apprentissage structuré incluant des examens et des certifications. Pour y parvenir, "les besoins en terme d’éducation doivent être inclus dans la planification et le financement des situations d’urgence pour les réfugiés, aux niveaux national et international, et systématiquement intégrés dans le développement national et dans le budget alloué à l’éducation", indique l’agence onusienne pour les réfugiés.

Promesses non tenues ?

En 2015, les Objectifs de développement durable ont été approuvés par la communauté internationale. Comme l’a écrit l’envoyé spécial de l’ONU pour l’éducation Gordon Brown dans son article pour le Forum économique mondial, "les Objectifs mondiaux étaient une déclaration solennelle faite par l’ensemble de la communauté internationale. Ils faisaient la promesse à chaque fille et chaque garçon que, d’ici 2030, on leur garantirait non seulement une éducation primaire de qualité mais également une éducation secondaire".

Pour Gordon Brown, il faut apporter une meilleure réponse internationale au financement des besoins en éducation des communautés déplacées et réfugiées. Avec l’aide humanitaire utilisée pour répondre aux besoins de première nécessité et l’aide au développement que l’on attribue généralement à des projets à long terme, "les dépenses pour l’éducation sont souvent les premières à être détournées et les dernières à être privilégiées quand une catastrophe se produit", explique-t-il.

"Avec des enfants (réfugiés) privés d’abord d’un foyer puis d’éducation, 2017 restera dans l’histoire- même si la crise mondiale s’aggrave-  comme l’année où les membres les plus vulnérables de la société auront été quasiment oubliés parce que l’attention publique s’est portée ailleurs", prédit Brown.

Un récent rapport sur le financement de l’éducation pour les réfugiés syriens au Liban, en Turquie et en Jordanie, publié par Human Rights Watch (HRW), est arrivé aux mêmes conclusions. Il en ressort que 530 000 enfants syriens réfugiés dans ces pays ne reçoivent pas d’éducation du tout. Au début de l’année 2016, des donateurs tels que l’Union Européenne, le Royaume Uni, l’Allemagne, la Norvège, les Etats-Unis et le Japon s’étaient pourtant engagés à débloquer 1,4 milliard de dollars pour financer l’éducation des enfants syriens en Syrie et dans les pays voisins. Mais le rapport de HRW constate qu’il manque 97 millions de dollars pour le Liban et 70,5 millions de dollars pour la Jordanie. Le rapport ne fait pas état de la situation actuelle en Turquie.

Comme le souligne Gordon Brown, "les engagements pris lors de conférences de donateurs ne sont pas que des mots- un rappel du fossé entre la rhétorique et la réalité, et une vérité douloureuse pour des millions d’enfants".

 

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