Sebastian Kurz. Crédit : Reuters
Sebastian Kurz. Crédit : Reuters

Après avoir remporté dimanche les législatives autrichiennes, Sébastian Kurz, conservateur, prend les rênes du pays. Le jeune chancelier de 31 ans n’a jamais caché sa ligne anti-immigration et entend la durcir durant son mandat.

"Etre secouru en Méditerranée ne doit pas être synonyme de ticket pour l’Europe". La phrase prononcée en juin 2017 donnait déjà le ton de la politique migratoire envisagée par Sébastian Kurz, le nouvel homme fort d’Autriche. Vainqueur dimanche des élections législatives, le jeune leader ultraconservateur de 31 ans, entend, sans surprise, mener une politique résolument anti-migrants sur le sol autrichien.

Kurz ne s’en est jamais caché : une politique d’accueil des réfugiés, non merci. En 2016 déjà, il expliquait tout le bien qu’il pensait de la politique européenne au plus fort de la crise (opération Mare nostrum, opération Triton) à l’égard des personnes fuyant les conflits ou la misère de leur pays pour s’aventurer en Méditerranée. "Il ne faut plus que les sauvetages en mer riment automatiquement avec un ticket pour l’Europe. Tant que les gens secourus pourront ensuite continuer leur route pour aller déposer une demande d’asile en Suède, en Allemagne ou en Autriche, des bateaux prendront la mer, des passeurs gagneront de l’argent, des naufrages auront lieu et des gens mourront", avait-il déclaré au journal Le Monde.

"Perdre le droit de demander l’asile"

L’argument de l’appel d’air - "plus vous les sauvez en mer, plus ils viendront" - semble avoir séduit l’électorat autrichien. L’intégralité du programme de Sebastian Kurz a d’ailleurs trouvé un un écho parmi ses compatriotes : non-accueil des étrangers, refoulement automatique des sans-papiers.

Depuis 2015, ce petit pays d’un peu moins de 9 millions d’habitants a reçu plus de 130 000 demandes d’asile, ce qui en fait l’une des principales destinations au regard de l’importance de sa population.

"Il faut que l’UE pose un principe clair : ceux qui essaient d’entrer illégalement en Europe doivent perdre leur droit à y demander l’asile", a-t-il déclaré l’été dernier. S’inspirant de "l'exemple australien", dont la politique est pourtant décriée, Sebastian Kurz propose une ligne intransigeante : repousser systématiquement ceux qui veulent entrer, sans papiers, dans l'UE. Et qu'importe si la Convention de Genève stipule que les réfugiés n'ayant pas d'autres choix que d'utiliser des moyens légaux pour se mettre à l'abri ont droit à une protection.  

Pour rappel, la marine australienne repousse automatiquement les bateaux de migrants. Ceux qui parviennent toutefois à atteindre les côtes australiennes sont envoyés dans des camps de rétention au large, comme à Nauru, une petite île du Pacifique.

>> A lire sur France 24 : "Le cauchemar sans fin des migrants coincés sur l’île de Nauru"

"Nous avons eu raison de fermer la route des Balkans"

Que propose Kurz pour les personnes secourues en Méditerranée alors ? Les amener dans des hotspots (centres d’enregistrements) comme il en existe en Grèce, et étudier depuis ces centres leurs demandes d’asile. Puis, Sebastian Kurz propose de renvoyer les déboutés dans leur pays d’origine sans les laisser fouler le sol européen.

"Pour l’instant, ceux qui viennent sont surtout des hommes jeunes qui sont en bonne santé, qui peuvent payer les passeurs. Les enfants, les personnes malades ou âgées restent, en revanche, dans les pays d’origine. De mon point de vue, ce n’est pas cela la solidarité, et l’on ne devrait pas se satisfaire de cette situation", avait-il encore déclaré au Monde, lors du même entretien.

Kurz, à l’époque ministre de l’Intérieur, était aussi l’un des ténors européens à avoir prôné - et obtenu - la fermeture de la route des Balkans. "Nous avons eu raison de fermer la route des Balkans et je me battrai pour que l'axe méditerranéen soit fermé aussi", a-t-il répété tout au long de sa campagne.

Loin de la ligne allemande

"En tant que ministre des Affaires étrangères en 2015-2016, Kurz fut l’un de ceux qui ont très vite défendu une politique restrictive sur la question migratoire. Il a été l’un des premiers à critiquer officiellement la chancelière allemande Angela Merkel [et sa politique d’ouverture]", explique Werner Beutelmeyer, directeur de l’institut de sondages Market, contacté par France 24.

Après avoir rétabli les contrôles à sa frontière avec la Hongrie, fin 2015, l'Autriche a durci, cet été, sa ligne avec l’Italie. Vienne a annoncé que le pays allait déployer des chars à la frontière italienne (vers le col frontalier du Brenner) pour empêcher le passage de migrants.

>> À lire sur InfoMigrants : "Les relations entre l'Italie et l'Autriche se tendent" 

 

Et aussi