Crédit : Mehdi Chebil
Crédit : Mehdi Chebil

Pour beaucoup de réfugiés, arriver en Allemagne c’est recommencer sa vie à zéro ou presque. Au cœur de cette nouvelle existence : la recherche d’un emploi. InfoMigrants se penche sur la façon dont les réfugiés peuvent intégrer le marché du travail en Allemagne.

Se rendre au travail, toucher un salaire, construire un futur. Trois éléments du quotidien pour la plupart d’entre nous, trois rêves - difficilement accessibles - pour les réfugiés et les demandeurs d’asile. Après avoir fui leur pays, traversé d'innombrables épreuves, nombreux sont les réfugiés qui ont entamé une nouvelle vie sur leur terre d'accueil, en Allemagne, sans avoir eu le temps de s'y préparer. 

Pour les aider, le gouvernement allemand et de nombreuses chambres d’industrie, de commerce et autres organisations ont lancé différentes initiatives. Le but : accompagner les réfugiés dans leur vie professionnelle. Et surtout, leur donner un coup de main pour qu'ils accèdent au marché du travail.

Dans un récent rapport publié par la Fondation américaine Tent et intitulé Comment intégrer rapidement les réfugiés sur le marché du travail, Philippe Legrain, rappelle que les demandeurs d’asile ont besoin de trois choses : du droit de travailler, des compétences appropriées et des opportunités d’emploi.

Procédure d'asile : temps d'attente réduit de 5 mois à 3 mois

En Allemagne, les demandeurs d’asile ne sont pas autorisés à travailler durant la période d'examen de leur dossier. Ils ont également interdiction d’exercer un emploi tant qu’ils séjournent dans un centre d’accueil - bien qu'ils soient tenus d’y rester au minimum six semaines, au maximum six mois.

Ce n'est qu'une fois l'asile obtenu que le réfugié est autorisé à travailler. Mais là encore, il y a des conditions : il doit en premier lieu obtenir un permis de travail et pour ce faire décrocher en amont une offre d’emploi claire.

Ces dernières années, les autorités allemandes ont eu du mal à faire face à l’explosion de dossiers. Elles ont fini par réformer le système de manière significative pour tenter d’accélérer les procédures avec des résultats convaincants.

Désormais, toutes les autorités publiques compétentes sont rassemblées sous un même toit, au sein des structures d’accueil ce qui facilite l’enregistrement des nouveaux venus et la prise de décisions. Le temps d’attente pour une procédure d’asile est passé de cinq à trois mois. Un progrès, selon Philippe Legrain : "Les dossiers des demandeurs d’asile sont traités avec beaucoup de retard dans de nombreux pays européens. Conséquence : les demandeurs d’asile sont livrés à eux-mêmes pendant longtemps. Cela compromet leurs compétences, joue sur leur motivation et dissuade les futurs employés."

59 % des réfugiés parlant la langue allemande trouve un emploi

Une fois que le réfugié ou le demandeur d’asile a surmonté l’étape de l’attente, il lui reste à se lancer dans la recherche d’emploi. Parmi les compétences requises pour intégrer le marché de travail en Allemagne, la plus importante est sans aucun doute la connaissance de la langue allemande.

Le rapport de la Fondation Tent publie des statistiques selon lesquelles le niveau linguistique des réfugiés a une incidence décisive sur leur chance de décrocher un emploi. Le taux d’emploi est de 27 % pour les réfugiés qui débutent dans l’apprentissage de la langue du pays européen dans lequel ils sont. Il passe à 59 % pour ceux qui ont des compétences linguistiques intermédiaires.

Lapprentissage de la langue allemande est lune des clefs pour sintgrer sur le march de lemploi

Le gouvernement allemand conseille donc aux demandeurs d’asile d’utiliser le temps d’attente de leur examen de dossier d'asile pour apprendre l’allemand. Plusieurs outils gratuits sont disponibles. Certains d’entre eux ont été développés spécifiquement pour les demandeurs d’asile en Allemagne : 

  • WhatsGerman, par exemple, propose des formations linguistiques basiques gratuites accessibles sur WhatsApp, le service de messagerie pour smartphone. Il suffit de s’abonner pour recevoir un cours par jour.
  • "Ankommen app" est une application développée par l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) pour les demandeurs d’asile et qui comporte un volet linguistique gratuit ainsi que de nombreuses informations utiles pour démarrer sa vie en Allemagne dans les meilleures conditions. 
  • "Duolingo," a mis au point une version spéciale de son application, destinée aux arabophones. Celle-ci est l’œuvre d’un informaticien égyptien, Osama Haggag, arrivé en Allemagne il y a environ trois ans.  

L’Institut Goethe propose sur son site internet des cours d’allemand gratuits. Idem pour l’organisation allemande pour la formation adulte. Quant à l’entreprise Babbel, elle a investi plus d’un million d’euros dans des projets de cours de langue gratuits, dédiés aux réfugiés en Allemagne.

"Nicos Weg" est la dernière offre développée par la Deutche Welle. Il s’agit de cours en ligne gratuits, disponibles sur smartphone ou tablette, avec des instructions en allemand, en anglais ou en arabe.

Formation et expérience

Outre les compétences linguistiques, il est fondamental de "prouver" ses compétences afin de montrer son niveau de formation et d'expérience professionnelle. Or, de nombreux demandeurs d’asile sont dans l’incapacité de présenter une preuve ou un diplôme de leur formation antérieure.

Dans ce cas, la personne est évaluée sur ses connaissances et ses capacités. Certains emplois en Allemagne, les professions médicales par exemple, requièrent des examens auxquels l’intéressé doit se soumettre avant de pouvoir travailler.

Si la personne est en mesure de présenter des pièces justifiant de sa formation antérieure, il lui faudra les faire reconnaître officiellement. Pour plus d’informations à ce sujet, cliquez ici.

Ces démarches peuvent prendre du temps et coûter jusqu'à plusieurs centaines d’euros, même s’il est possible de demander une assistance financière. Plus d’informations ici.

Récemment, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a publié un rapport qui précise que seul 1 % des réfugiés dans le monde ont eu accès à l’enseignement supérieur. Kiron est une association allemande qui lutte justement contre cet état des faits. L'association propose aux réfugiés une formation diplômante (en ligne) et une place dans une université partenaire.

Vincent Zimmer et Markus Kressler, les fondateurs de Kiron, rappelent que le projet collabore avec 48 universités en Allemagne, en France et en Jordanie.

Qualifications requises sur un marché du travail régulé

Le marché du travail en Allemagne est très régulé. Travailler en tant que maçon requiert, par exemple, une qualification de trois ans.

Mais il existe un grand nombre de professions qui souffre d’une pénurie de main d’œuvre : les industries métallurgique et électrique, les boucheries, les boulangeries, mais aussi des métiers liés à la gériatrie. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, environ 3 000 réfugiés ont pu commencer un stage entre janvier 2016 et janvier 2017 dans ces différents secteurs.

De nombreux conseillers sont  la disposition des rfugis pour les aider  trouver un emploi

Les programmes d’apprentissage permettant d'accroître ses qualifications sont nombreux. 

  • Perspectives for Young Refugees Program est l’un d’eux. Il a été créé par le gouvernement fédéral et fournit, à travers des centres de vocation régionaux, des cours préparatoires de six mois qui incluent des formations de base dans certains domaines ainsi que des instructions pour maîtriser la langue et s’intégrer.
  • “Wir Zusammen“ (Nous ensemble) est l’un des projets qui marche le mieux dans ce domaine. Plus de 190 entreprises y participent. En juillet 2017, 3 500 réfugiés ont pu obtenir un stage par ce biais et 800 une place d’apprentissage. Le projet a également permis de créer 2 130 emplois.
  • "Start-Up Your Future" est le nom d’un projet récemment mis en place par le ministère fédéral de l’Economie et de l’Energie. Il met l’accent sur l’exploitation du potentiel entrepreneurial des réfugiés. Le programme propose à ceux qui acquièrent une expérience professionnelle valable lors de leur apprentissage en entreprise de suivre une formation. Ils peuvent également assister à des séminaires et se faire conseiller.
  • Les deux principaux syndicats métallurgiques, IG Metall et Südwestmetall sont à l'origine d'un projet pilote qui a connu un tel succès qu’il va désormais être financé par les agences pour l’emploi. Il permet de suivre à la fois un cours d’allemand et un cours de base en génie mécanique.

Prs dun million de rfugis sont arrivs en Allemagne en 2015

Opportunités d’emploi

Enfin, même qualifiés, de nombreux réfugiés et demandeurs d’asile ont besoin de contacts et d'un réseau pour les aider à trouver un emploi. À cet effet, il existe plusieurs plateformes numériques pour connecter réfugiés et employés.

  • Workeer est la plus importante d’entre elles. Elle a été lancée en 2015 et propose aux réfugiés de créer un profile en ligne. Ils peuvent ainsi déposer directement leur candidature pour les emplois répertoriés sur le site sans passer par l’étape complexe de la rédaction d’un CV. Le site procure également des informations sur d’autres initiatives, à destination des réfugiés et des demandeurs d’asile.
  • Migrant Hire compte plus de 6 000 membres. Ce site a été fondé par un réfugié syrien, Hussein Shaker, qui a lui-même bataillé pour trouver un travail. Partant du constat que de nombreuses personnes à la recherche d’un emploi manquent de qualifications, le site relie ses utilisateurs à des programmes de formation et des organisations non gouvernementales.
  • La plateforme Hire, également fondée en 2015, vise à "intégrer les réfugiés sur le marché du travail en leur assurant un emploi durable."

L’importance de trouver un emploi pour les réfugiés ne peut être sous-estimée. "Pouvoir travailler est non seulement bénéfique pour la société mais aussi pour les réfugiés", explique Philippe Legrain. "En dépit des terribles souffrances qu'ils ont enduré, ces derniers ne veulent pas, en général, être considérés comme des victimes ou des personnes qui ont besoin de charité. Ils aspirent bien davantage à reconstruire leur vie et à subvenir rapidement à leurs besoins, de manière autonome. En plus de leur fournir un revenu, un emploi valorise le réfugié et lui permet de donner quelque chose en retour. Même à un niveau débutant, un travail peut constituer un tremplin pour l’avenir."


 

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