Des migrants à Calais. crédit : Mehdi Chebil
Des migrants à Calais. crédit : Mehdi Chebil

Un rapport d'évaluation de l'action des forces de l'ordre à Calais, rendu public lundi, évoque de "plausibles manquements" à la déontologie et un usage disproportionné de gaz lacrymogène à l’encontre des migrants.

Les inspections générales de l'administration (IGA), de la police (IGPN) et de la gendarmerie nationales (IGGN) ont rendu, lundi 23 octobre, leur rapport sur "l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois".

Demandé par Gérard Collomb, il devait faire suite à l’enquête publiée en juillet 2017 par Human Rights Watch et qui dénonçait les violences policières subies par les migrants à Calais. L’ONG accusait notamment la police de faire un usage excessif de gaz au poivre.

"Il n’y a pas de gaz poivre en dotation dans la police et dans la gendarmerie nationale. Il est donc hautement improbable qu’il ait pu être utilisé contre des migrants", écrivent les auteurs du rapport.

Ils reconnaissent néanmoins que "l’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais".

"Chasse à l'homme"

"Ils portent sur des faits de violences, sur un usage disproportionné des aérosols lacrymogènes, la destruction d’affaires appartenant aux migrants", poursuit le rapport.

Les associations qui viennent en aide aux migrants à Calais ne cessent de dénoncer "la chasse à l'homme" que mènent les autorités à Calais et qu'elles jugent responsable de la situation humanitaire "catastrophique" dans laquelle vivent les migrants.

“Depuis sept mois, on a constaté une grave entrave de la distribution alimentaire, parfois on doit s’y reprendre à cinq fois avant de pouvoir donner des repas, les policiers gazent les migrants au petit matin, ils gazent aussi leur nourriture, leurs vêtements et leur eau, ils prennent leurs sacs de couchage, etc.”, dénonce Gaël Manzi, de l'association Utopia 56, interrogé par InfoMigrants.

"Nous envisageons des suites judiciaires"

François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants, se dit "satisfait que cette enquête ait été faite et que les associations aient été entendues". Mais il constate que les violences policières et l’enlèvement des affaires personnelles des exilés se poursuivent.

"Nous continuons notre observation de l’action des forces de police et la collecte de données des violences subies par exilés. Nous envisageons des suites judiciaires si la situation ne change pas. Nous pensons à porter plainte auprès du procureur de la République", explique le bénévole à France 24.

Le rapport conclut que "la réduction de la tension sur place passe […] par une amélioration de la situation des migrants, source de risques sanitaires, notamment à l'approche de l'hiver, et facteur d'agressivité".

La semaine dernière, un groupe d'experts de l'ONU et le Comité consultatif national d'éthique avaient critiqué la gestion des migrants à Calais par les pouvoirs publics.

Avec AFP

Texte initialement publié sur : France 24

 

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